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Titre : Cimetière des chats
Auteur : Alain Venisse
Année de publication : 1994
Publié en France chez Fleuve Noir (Frayeur ; 11) |
'Les catastrophes écologiques sont les grandes plaies de notre époque. Ici, c'est un danger encore très peu connu qui ravage le Gévaudan : celui des produits toxiques criminellement abandonnées... Et si votre minet famillier devenait tout à coup sauvage et agressif ? Si les centaines de chats errants qui vivent dans le petit cimetière communal s'organisaient ? L'horreur la plus sanglantes s'abattrait sur la région...
Si les séries B fauchées ou les séries Z pouvaient avoir un équivalent littéraire, nul doute que ce Cimetière des chats en ferait partit, mais faute de terme adéquat, il va falloir se contenter de l’expression « roman de gare », sans le côté péjoratif que peut souvent dissimuler cette dernière. Publié par Fleuve Noir dans sa collection Frayeur (qualitativement parlant moins réussie que la collection Gore), dirigée par l’illustre Jean Rollin, le récit de Cimetière des chats peine réellement à trouver ses marques, et se perd finalement au milieu d’influences et de références, certes de très bon goût, mais exploitées de manière malhabile.
Alain Venisse, qui signe ici l’un de ses premiers romans (son premier ?), ne semble pas encore très à l’aise dans l’écriture, il en ressort donc un récit peu structuré et des personnages peu attachants, car traités de manière un peu trop simpliste et caricaturale. Un certain manque d’originalité est également à souligner, mais le genre catastrophe animalier est tellement codifié qu’il est malheureusement difficile pour quiconque de sortir des sentiers battus, que ce soit au cinéma ou dans la littérature.
Alain Venisse est un passionné de cinéma (il a entre autres travaillé avec François Truffaut, Yves Boisset, Michel Lemoine ou Jean-Claude Guiguet, et collaboré a de nombreux magazines) et de littérature fantastique, ce qui se ressent énormément lors de certaines descriptions et dans sa manière de mettre en scène certaines situations, de manière très graphique. De nombreuses références parsèment également les pages de l’ouvrage, à tel point que le personnage de Jérémie, le petit garçon rêveur et passionné d’imaginaire, porte sans doute en lui quelques éléments autobiographiques.
Si les principales influences semblent êtres celles de Stephen King et d’H.P. Lovecraft, l’auteur paraît vouloir à tout prix inclure toutes ses références au récit, il en découle donc que ce dernier n’est pas des plus organisé. En effet, certains rebondissements scénaristiques ou situations apparaissent un peu tirés par les cheveux. L’auteur mélange en effet de nombreuses choses : la présence d’une pollution due à des déchets toxiques qui va déclencher tous les évènements à venir, une myriade de chats tueurs, des zombies, une entité extra-terrestre, des personnages haut placés qui manipulent tous les habitants d’un petit village du Gévaudan, des villageois méfiants quand à l’arrivée récente de « citadins », etc.
Difficile alors de lier tout cela de manière crédible… et en 150 pages !
Pourtant malgré tout, le récit se veut plutôt divertissant et se lit d’une seule traite. Le style est assez épuré, facilitant grandement la lecture, mais navigue maladroitement entre les descriptions gores plutôt efficaces et la volonté qu’a l’auteur de vouloir créer une ambiance pesante et angoissante par moments, sans véritablement y arriver. Quelques passages y parviennent presque, notamment lorsque l’un des habitants se retrouve enfermé dans un garage, enveloppé par une absence totale de lumière, naviguant lentement et attentif aux moindres bruits. Les chats sont là, et leur présence faiblement perceptible… jusqu’a l’inéluctable. Pourtant, le lecteur retiendra essentiellement, une fois le livre terminé, les excès gores et les sauvages attaques des félidés vengeurs. Ces derniers déchiquettent les chairs, crèvent les yeux à l’aide de leurs griffes tranchantes, enfouissent leurs gueules dans les entrailles encore fumantes des victimes, et le tout de manière très ordonnée et inquiétante, comme s’ils suivaient une stratégie très bien élaborée.
Alain Venisse, qui s’est depuis spécialisé dans la littérature jeunesse, nous offre avec son Cimetière des chats un ouvrage horrifique mineur, dont les nombreux défauts pourront rebuter quelques lecteurs, mais qui se lit en quelques heures, sans que l’on ait à se creuser les méninges malgré les incohérences et autres clichés du genre (du sang, du cul, des décideurs véreux, personnages caricaturaux, etc.). Finalement, la comparaison avec les productions cinématographiques fauchées que nous affectionnons tant n’est peut-être pas si fortuite…
Carcharoth le 18/06/2007