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A l’instar de Les Oiseaux, Les Dents de la mer allait lui aussi marquer son époque. Considéré également aujourd’hui comme un véritable classique du cinéma, son impact sur le genre des "Nature Run Amok movies" n’est plus à établir. Initiateur du sous-genre intitulé "Sharksploitation", le nombre de films qui s’en sont inspirés plus ou moins ouvertement ou qui lui rendent hommage sont légions, sans parler des trois suites officielles dont il a fait l’objet. Mais aucune de ces productions, même si certaines demeurent très réussies, n’arrive à égaler la violence et la terreur qui se dégagent de la vision de Les Dents de la mer.
A l’époque, Steven Spielberg n’avait réalisé que quelques productions pour la télévision, dont deux épisodes de la célèbre série Night Gallery ainsi que plusieurs films plutôt de bonne facture dont Duel, titre pour lequel le déroulement du récit n'est pas sans rappeler celui de Jaws. Avec Les Dents de la mer et son histoire de requin semant la panique sur les côtes de l’océan Atlantique, il va connaître un succès immédiat auprès du public. Pulvérisant les précédents records du box office grâce à une campagne de publicité énorme, le bouche à oreille faisant le reste, une date de sortie choisie avec soin, tout concourut à la réussite de ce film. Il reçut en outre diverses nominations et des attributions de prix, notamment aux Oscars, Golden Globes ou encore lors des Grammy Awards., où le film se distingua le plus souvent pour son ambiance sonore et sa musique anthologique, composée par le célèbre John Williams.
Le parallèle avec le film d’Hitchcock n’est pas anodin, les deux réalisateurs parvenant sans peine à effrayer le spectateur grâce à une atmosphère accablante, tétanisante par moment, le tout grâce à une mise en scène parfaitement maîtrisée, une ambiance sonore superbe et des acteurs parfaitement à l’aise dans leurs rôles respectifs. Ils diffèrent cependant en bien des points en ce qui concerne la manière dont les animaux sont présentés au spectateur.
Alors que dans l’un ils sont innombrables et que leur présence écrasante dans la petite ville apporte une vison assez apocalyptique à cette invasion, le film de Steven Spielberg lui est basé sur la présence d’un prédateur quasi-invisible, dont les agressions sont basées sur la surprise, rompant la tranquillité ambiante avec des attaques d’une férocité étonnante. Le lieu où se déroule l’action est également très important. S’il est plutôt aisé de s’abriter dans une maison ou une voiture lorsque l’on est à terre, comment échapper au plus grand prédateur marin, qui surgit soudainement des profondeurs silencieuses et sombres des fonds océaniques? Isolé, terrifié par une présence que l’on identifie seulement lorsque ses mâchoires se referment sur nous. Cette façon de ne pas beaucoup montrer le « monstre » participe grandement à la tension que distille le film, situation quasi accidentelle car ce sont des problèmes survenus durant le tournage avec le requin mécanique, surnommé Bruce, qui ont eu pour influence de rendre ce dernier moins présent à l’écran. Il a du donc fallu faire avec les moyens du bord, improviser un peu sur les plateaux de tournage, et finalement le résultat n’en est que plus inquiétant. Les nombreuses scènes durant lesquelles le grand requin blanc n’est que suggéré, sont ici tout aussi efficaces, si ce n’est plus que celles où il apparaît en gros plan, malgré des effets spéciaux réussis dans l'ensemble.
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Baignade interdite
Le scénario du film s’appui sur une œuvre de Peter Benchley, auteur qui connaîtra d’autres adaptations de ses œuvres comme Creature (1998, Stuart Gillard) ou encore La Bête (1996, Jeff Blekner), et qui participera d’ailleurs à l’écriture du film (sans compter son apparition ans celui-ci en tant que journaliste de la télévision). Nous nous retrouvons donc dans la petite communauté d’Amity Island, station balnéaire située dans la région de La Nouvelle-Angleterre, qui va subitement être victime des attaques en mer d’un grand requin blanc (Carcharodon Carcharias). Après la découverte du corps d’une jeune vacancière sur une plage, le chef de la police locale, Martin Brody va alors désespérément tenter de convaincre le Maire de faire fermer les plages afin de protéger le public des attaques de ce qu’il suppose être un requin. Mais le Maire, plus préoccupé par la réputation de la ville et les recettes que procurent à la station tous les touristes estivaux, va refuser de l’écouter. Les attaques vont donc continuer de plus belle et provoquer une panique sans précédent dans l’histoire de la station. Martin Brody, va alors décider d’aller tuer le requin aidé par un biologiste spécialisé en ichtyologie nommé Hooper et un pêcheur bourru du nom de Quint attiré par la récompense offerte à qui tuera la bête.
Un pitch très classique en somme, mais qui reste cependant diaboliquement efficace, la scène d’ouverture du film est à ce titre l’un des moments les plus angoissants que j’ai pu vivre au cinéma. Il fait nuit, quelques jeunes vacanciers se prélassent sur la plage autour d’un bon feu, pendant qu’une des filles de la bande part se rafraîchir un peu. La nuit est douce, l’eau est bonne, mais imperceptiblement l’angoisse commence à monter, le thème musical utilisé ici, très discret, accentue la tension alors que soudain l’isolement de la future victime, surnageant entre l’obscurité des profondeurs et celles du ciel, nous apparaît clairement. Brutalement cette dernière, hurlant, va être emportée sous la surface de l’eau, happée et traînée par une mâchoire d’une puissance énorme. Cette scène surprenante, d’une violence suggérée inouïe allait à jamais marquer plusieurs millions de spectateurs. Difficile en effet après avoir vu ou revu le film de se retrouver seul dans l’eau au milieu de nulle part ou même proche de la côte sans songer ne serait-ce qu’un dixième de seconde à cette scène… qui pourtant ne montre absolument rien de l’implacable tueur marin…
Le reste du film sera dans l’ensemble tout aussi efficace, et si au final le nombre de morts peut nous paraître peu élevé (5 au total, et 6 avec le chien), ces dernières sont toutes plutôt marquantes. Notamment l’attaque près de la plage de l’enfant sur son matelas gonflable qui disparaît dans un bouillon de sang, la découverte des restes de Ben Gardner ou encore celle du gars sur sa barque, toujours aussi subites et impressionnantes, renforcées par une mise en scène solide une ambiance sonore générale pesante. Les scènes de panique sur les plages sont tout aussi fortes, et nous permettent de nous rendre compte que l’anxiété est bien là, enfouie quelque part, invisible mais pénible, et que Brody commence à devenir tellement préoccupé par la présence du requin qu’il en perd presque toute sa raison. Une des grandes forces de Les Dents de la mer est, à l'époque en tout cas, due aux faibles connaissances sur l'espèce animale tueuse des protagonistes de l'histoire, comme d'une grande partie des spectateurs.
Les personnages sont également bien développés et attachants, surtout le trio principal donnant la chasse au squale et dont les relations se tissent à travers quelques très belles scènes du film, très humaines. On y apprend, souvent autour d'une bonne bouteille, pas mal de choses : que le chef Brody détestant l'eau suite à un traumatisme lié à une noyade dans son enfance doit se saouler pour pouvoir monter sur un bateau ; que Matt Hooper est un océanographe un peu illuminé, passionné par les requins ou encore que Quint, marin-chasseur a un vieux compte à régler avec les squales... qui le lui rendront bien lors d'un final mélangeant allègrement moments de bravoure, répliques cultes et une tension qui vous met sur les nerfs. Des scènes d'une violence inouïe nous montrant cette fois-ci le prédateur sous tous les angles, comme nous le l'avions encore jamais vu jusqu'à présent (qui fait parfois un peu caoutchouteux par contre).
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| Un film terrifiant qui ne laisse rien au hasard et qui vient de fêter son 30ème anniversaire sans avoir pris une seule ride. Soutenu par un casting sans faille, des effets spéciaux de très bonne facture, Les Dents de la mer est sans aucun doute une oeuvre magistrale qui risque d'effrayer encore de nombreuses générations de spectateurs. Parmi la tripoté de films de requins en tout genre s’étant inspirés de ce modèle, peu peuvent se venter d’atteindre cette excellence, mais vous pouvez tout de même jeter un œil aux honnêtes productions suivantes : 12 Days of Terror, La Mort au large ou encore sa suite directe, l'excellent Les Dents de la mer 2. |
Carcharoth le 29/11/2004, actualisé en 2005
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