Résumé :
'Les fourmis d'une région désertique de l'Arizona semblent avoir subi une mutation leur à donné une « intelligence de masse ». Installés dans une station expérimentale, deux scientifiques étudient le comportement des insectes et finissent par s'apercevoir qu'ils sont assiégés par les fourmis...
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Peu avant l’avènement de Les Dents de la mer en 1975, les films d’agressions animales des années 70 étaient généralement scindés en deux groupes. D'une part, nous trouvons tous les titres inspirés de Willard et son personnage principal capable de commander à une espèce animale, alors que de l’autre, les films se cantonnaient à décalquer ou remanier les scénarios des films catastrophes très abondants à l’époque. Pourtant, parmi ces productions qui se suivent et se ressemblent, Phase IV fait office de véritable surprise cinématographique, un ambitieux film de science-fiction malheureusement un peu tombé dans l’oubli, pourtant assez proche dans son traitement de quelques œuvres d’anticipation sorties peu de temps auparavant, comme La Planète des singes, 2001 L’Odyssée de l’espace ou encore Soleil vert.
Son réalisateur n’est autre que Saul Bass, personnalité émérite du monde du cinéma qui signe ici son seul et unique long métrage. Un nom que quiconque à déjà croisé, peut-être sans le savoir, puisque Saul Bass est en autre à l’origine des génériques de La Mort aux trousses, Spartacus, Casino, Shining, Sueurs froides et Psychose pour ne citer que les plus connus, mais l’homme a également collaboré avec de grands noms comme Alfred Hitchcock, John Frankenheimer ou encore Stanley Kubrick avec lesquels il a participé à l’élaboration de séquences cinématographiques (la plus célèbre reste sans doute le plan de la douche dans Psychose).
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Si la thématique de l’affrontement entre l’Homme et la Nature est plus que répandue dans le genre des films d’agressions animales, rarement ce dernier aura été traité de manière aussi effrayante et envoûtante. A l’instar de nombreuses productions du genre, Phase IV entretien un ton scientifique de rigueur, quasi documentaire, qui ne sert pas ici qu’a justifier au détour de deux répliques minables les absurdités que l’on nous assène par la suite. Bien qu’un peu austère, ce procédé permet d’impliquer plus profondément le spectateur dans un récit pour le moins intriguant malgré le côté un peu rébarbatif de certains monologues ou scènes. Mais la véritable force de Phase IV est due au travail du réalisateur, qui accorde une place très importante aux travaux macrophotographiques de Ken Middleham, l’homme à qui l’on doit les magnifiques images du documentaire Des Insectes et des hommes ou encore les superbes plans mettant en scène les cloportes grouillants de Les Insectes de feu de Jeannot Szwarc.
Très colorée et contrastée, la photographie associée aux formes géométriques qui saturent le film donne l’impression d’évoluer dans une atmosphère étrange, bien réelle mais comme si cette dernière nous était montrée du point de vu des fourmis.
Nous suivons donc les péripéties de deux chercheurs dans l’aride désert de l’Arizona, qui tentent par tous les moyens de comprendre et d’entrer en contact avec une colonie de fourmis, qui à la suite d’un phénomène astronomique énigmatique représentent une menace de plus en plus grande envers l’espèce humaine. Ces dernières semblent en effet mener une opération d’envergure aux buts méconnus, mais guère encourageants quant à la survie de l’homme sur la planète. Les insectes réagissent très rapidement à l’implantation d’un centre d’étude au milieu de leur territoire, et en véritables architectes de la mort se mettent à bâtir des constructions destinées à combattre l’incursion des hommes, ou encore sabotent les dispositifs électroniques. Le siège peut débuter. Convaincus de la supériorité de leur espèce, les deux entomologistes vont rapidement se rendre compte que la situation semble cette fois-ci intervertie. La communication entre les deux espèces demeure très sommaire, puisque basée sur le seul langage universel que sont les mathématiques, mais conforte les scientifiques que le dessein des insectes n’est pas des plus amical ! Certaines séquences évoquent avec plus ou moins de similarités l’excellent triptyque des fourmis de Bernard Werber.
Contrairement à Des Monstres attaquent la ville et ses fourmis géantes qui ne doivent leur statut de monstres effrayants qu’a leur taille démesurée ou encore aux légions dévastatrices des fourmis de Quand la Marabunta gronde, les insectes de Phase IV se révèlent redoutables et effrayants essentiellement grâce à leur intelligence collective et à leur capacité d’adaptation hors norme. L’horreur n’est cette fois-ci pas graphique, bien que la méthode utilisée par les fourmis afin de tueur leurs victimes n’est pas des plus enviables puisque ces dernières pénètrent les corps au travers de trois minuscules trous creusés à coups de mandibules, dévorant ainsi leurs opposants de l’intérieur….
Les nombreux parallèles entre les deux sociétés, l’ambiance pesante, le ton pessimiste et divers éléments disséminés au détour de quelques répliques (la disparition de nombreuses espèces prédatrices des fourmis, la population de ces insectes qui augmente de manière anormale créant un déséquilibre biologique, etc.), rendent cette œuvre d’anticipation plus qu’inquiétante.
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Seuls de vrais insectes sont utilisés, ce qui renforce véritablement l’aspect réaliste de la production. A ce sujet, certaines séquences sont tout simplement stupéfiantes comme celle de l’irruption d’une mante religieuse, les « obsèques » de l’une des petites bêtes, ou encore lorsque les fourmis se relaient afin de transporter à leur reine un échantillon de poison toxique, chaque porteur mourant rapidement laissant ainsi sa place à un nouvel arrivant… afin de permettre à la reine de produire une nouvelle lignée immunisée aux effets mortels de la substance.
| Doté d’une réalisation dépouillée, d’un ton austère et parsemé de quelques longueurs un peu rébarbatives, Phase IV demeure pourtant une très grande réussite. Un film unique, énigmatique et hypnotique qui mérite réellement d’être découvert. Saul Blass traite son sujet de manière très sérieuse, nous plongeant ainsi au sein d’un univers graphique merveilleux dans lequel un affrontement sans merci prend place, et ce jusqu’au final ambiguë amenant de nombreuses interrogations qui ne laissera personne de glace. Nous sommes très loin ici des délires gigantesques de Bert I. Gordon dans L’Empire des fourmis géantes ou de l’invasion meurtrière de Les Fourmis. Les amateurs des images macrographiques de Ken Middleham peuvent également se tourner vers Les Insectes de feu et Des Insectes et des hommes pour prolonger cette immersion dans le monde des insectes désireux de prendre la place que l’homme s’est attribué sur Terre… |
Carcharoth le 16/12/2007
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