Les Films catastrophe
Cette page à pour but de présenter un survol rapide du genre cinématographique que l’on trouve sous l’appellation générique « film catastrophe », qui est à l’origine entre autres de sa déclinaison animalière et autres productions dédiées aux bestioles gigantesques dont il est question sur le site Agressions animales.
Si tous les genres cinématographiques semblent pouvoir s’accommoder de scénarii catastrophe, du récit de science-fiction au drame historique, en passant par les films de guerre ou d’aventures, c’est que les évènements terrifiants relatés puisent leurs racines dans l’histoire de notre civilisation. Catastrophes naturelles meurtrières, épidémies qui déciment des régions entières et autres cataclysmes de grande ampleur annonciateurs de fin du monde, les exemples ne manquent pas, et les récits, qu’ils soient historiques, religieux ou imaginaires ont tôt fait de s’accaparer de ce sensationnalisme tragique. Depuis la nuit des temps l’Homme vit dans la crainte de l’annihilation de son espèce et lutte sans cesse pour sa survie. Un aspect profondément ancré en chaque individu, bien que de moins en moins palpable au fil de l’évolution de notre civilisation. Cette peur primitive resurgit de temps à autre, selon les évènements qui rythment nos vies, et sait parfaitement s’ajuster à toutes les avancées technologiques ou scientifiques contemporaines, dont la mise en œuvre est rarement maîtrisée de bout en bout et dont les répercutions inattendues entraînent parfois d’épouvantables faits. Des progrès ou évènements qui entretiennent ou créent de nouvelles peurs ou psychoses collectives au sein de notre société, rapidement récupérées par le cinéma ou la littérature afin de cultiver une certaine paranoïa.
Le genre catastrophe puise avant tout ses sources dans la littérature et l’actualité. Tremblements de terre destructeurs (comme celui de San Francisco en 1906), navires qui sombrent (le Titanic en 1912), catastrophes aériennes, propagations de maladies diverses et mortelles (la Grande Peste, la grippe d’après la première guerre mondiale, etc.), le cinéma ne va pas tarder à populariser l’ensemble. Si l’on peut remonter au début du siècle dernier et aux œuvres de Georges Méliès comme Éruption de la Montagne Pelée (1902) et Un cyclone dans la rue des rubans, ainsi qu’à quelques autres titres de l’époque des films muets, le film catastrophe aux ambitions dramatiques tel que nous le connaissons aujourd’hui est véritablement né durant les années 30. Jusque là, à quelques exceptions près, les séquences catastrophes étaient généralement utilisées comme des éléments spectaculaires dans les récits d’aventures, venant ponctuer l’action d’un impressionnant cataclysme et permettant aux spécialistes des effets spéciaux de mettre en avant leur savoir-faire. Qu’il s’agisse de productions à gros budget, de séries B ou Z, les films catastrophes envahissent alors régulièrement les salles de cinéma et les écrans de télévisions, et ce, sans discontinuité jusqu’à nos jours. Ce succès est sans doute dû à la fascination pour le morbide et/ou le spectaculaire, exercée par les évènements relatés, qui sont capables de provoquer des désastres aussi soudains que majestueux et d’anéantir des civilisations entières, au travers d’images qui rappellent dans un premier temps les champs de batailles des guerres qui ont édifié une partie de notre histoire, des lieux sanglants massivement recouverts de corps sans vie, ou les populations de villes prisent de panique sous les bombardements. Une autre particularité d’un film catastrophe est l’identification rapide du spectateur à tel ou tel personnage du récit, puisque ces derniers sont catégorisés de façon très sommaire selon un schéma « récurent » propre au genre.
Un film catastrophe doit essentiellement son succès à ses effets spéciaux, le spectacle prime d’ordinaire sur l’aspect dramatique de l’histoire et le destin tragique de ses protagonistes (il existe bien entendu quelques exceptions). Selon le budget alloué au film, les trucages vont du révolutionnaire au patchwork d’images d’archives et de maquettes cartonnées. Comme pour beaucoup d’autres genres, le pire côtoie donc le meilleur…
Outre les habituelles séquences « catastrophes », qui engendrent des destructions massives et des scènes de panique sans précédents qui sont le point d’orgue du récit, nous suivons également le drame de manière plus traditionnelle, par l’intermédiaire de tout un panel de personnages aux caractères bien définis, que l’on retrouve à l’identique dans la quasi-intégralité des films catastrophes (à lire sur le sujet : Les éléments (quasi) obligatoires et autres clichés propres au genre.).
Les destins de personnes issues de milieux sociaux hétérogènes s’entrecroisent alors selon des péripéties, là encore peu originales (mon chien à disparu ; Jonathan est coincé sous les décombres ; la décision que va prendre le politicien en herbe face à cette crise ; Brigitte aime en secret Michel, mais ce dernier est marié à la vilaine Suzie ; j’ai tout fait péter en appuyant sur un bouton et je suis un monstre, etc.) Chacun y va de son ou ses petits tracas individuels, dont la résolution s’avère plus ou moins dramatique. Parallèlement à cela, nous assistons aussi à la mise en place, traitée généralement de manière peu finaude, de la trame suivante : comment un homme (ou une femme) lambda peut devenir héroïque face à des situations cataclysmiques, ou au contraire laisser libre court à son instinct de survie, sans se soucier du sort de ses semblables qui tombent comme des mouches dans d’horribles souffrances.
Un soupçon de nationalisme, de propagande et/ou de moralisme clôture souvent le récit, qui se termine dans la plupart des cas sur une note optimiste sans pour autant négliger une éventuelle séquelle, en proposant régulièrement une fin dite « ouverte ».
Si les spectaculaires catastrophes naturelles dominent nettement dans le genre, il est pourtant souvent question de catastrophes écologiques, d’origine extraterrestre, technologiques ou scientifiques. Bien entendu, pour ces dernières thématiques, les scénarii ont évolué, sachant s’adapter aux préoccupations de leur époque. Quoiqu’il en soit, l’homme est dans presque tous les cas responsable de ce qui arrive, soit directement (que l’événement soit volontaire ou non !), soit de manière un peu moins catégorique, qui dénote généralement un mépris de certaines règles de sécurités ou des forces de la nature elle-même. Les choses finissent de toute manière par lui retomber dessus.

Les premiers titres majeurs du genre sont apparus durant la fin des années 20 et la décennie suivante. Des films spectaculaires aux effets spéciaux saisissants déferlent alors dans les salles de cinéma, comme L’Arche de Noé (1928), Déluge (1933), La Mousson (1939), la version de Les Derniers jours de Pompéi (1935) des auteurs de King Kong Schoedsack & Cooper, les spectaculaires The Hurricane (1937) de John Ford et San Francisco (1936), dans lequel Clark Gable fait face à un séisme ravageur, et quelques autres. L’arrivée de le Seconde Guerre mondiale va mettre un frein à toute l’industrie cinématographique et en particulier des films catastrophe, qui vont devoir attendre les années 50 pour renaître de leurs cendres. Durant cette période d’après guerre, le succès des drive-in relance l’intérêt de spectateurs pour ce genre de productions qui se partagent l’affiche avec de nombreux titres horrifiques ou de science-fiction, qui pour ces derniers doivent beaucoup de leur inspiration aux craintes liées à la Guerre froide et aux avancées technologiques dans le domaine du nucléaire. Une manière ludique pour le public d’extérioriser une partie de leurs inquiétudes. Rapidement, au beau milieu des invasions extraterrestres (La Guerre des mondes, 1953), tremblements de terre (The Night the World Exploded, 1957), planète menacée par des objets spatiaux (Le Choc des mondes, 1951 ; Le Danger vient de l’espace, 1958), incendies mortels (Duel dans la forêt, 1952) et inondations dévastatrices (La Mousson, 1955), ainsi que bien d’autres périls, les animaux et insectes allaient petit à petit entrer dans la danse.
(à lire sur le sujet : Animaux tueurs au cinéma : introduction.)
Mais le véritable âge d’or des films catastrophes se situe durant les années 70. Un succès relancé par Airport (1970) et sa suite 747 en péril (1974), L’Aventure du Poséidon (1972), La Tour infernale (1974), Tremblement de terre (1974), La Submersion du Japon (1973) et quelques autres titres majeurs du genre qui surnagent au milieu de dizaines d’autres déclinaisons (Avalanche (1978), Meteor (1979), Déluge sur la ville (1976), Horizons en flammes (1977), etc.). Des personnalités comme Irvin Allen ou Roger Corman, allaient d’ailleurs produire ou réaliser bon nombre de films catastrophes, participant grandement à cette renaissance.
« Inventer le train, c’est inventer le déraillement. Inventer l’avion, c’est inventer le crash. Inventer l’arme atomique, c’est inventer la prolifération nucléaire. Autrement dit, la vitesse est un progrès. Mais également un progrès de la catastrophe. » Paul Virilio
C’est également la période durant laquelle les productions d’agressions animales allaient connaître un succès sans précédent, grâce aux sorties de films comme Willard (1971), au traitement très éloigné de celui d’un film catastrophe, Les Dents de la mer (1975), qui au même titre que Les Oiseaux d’Alferd Hitchcock allait modeler la structure de bon nombre de films catastrophes animaliers, ou encore L’Inévitable catastrophe (1978), archétype même du mauvais film, bâclé et crétin, mais au casting alléchant, destiné à attirer le public le plus large possible dans les salles obscures. (à lire sur le sujet : Animaux tueurs au cinéma : Les années 70 : explosion du genre et prise de conscience écologique. .)

Une petite baisse de régime est décelable durant les années 80. Et si les films catastrophes ne disparaissent pas réellement, c’est un autre genre qui émerge de ces scénarii cataclysmiques : les films post-apocalyptiques. La particularité ici est que la catastrophe a généralement déjà eu lieu, et que l’on assiste à la résurrection ou au déclin d’un monde nouveau, ayant généralement subi les ravages d’explosions atomiques ou d’un virus meurtrier, à ce titre, Virus de Kinji Fukasaku est une bonne synthèse des genres catastrophe et post-apo. Certains titres optent d’ailleurs avec une grande efficacité pour le « non spectaculaire », comme le terrifiant Testament.
Les films catastrophes continuent pourtant leur bout de chemin, jusqu’à une nouvelle explosion du genre durant les années 90, dont les titres oscillent entre hommages plus ou moins sincères et un certain renouvellement. Les avancées technologiques en terme d’effets spéciaux numériques allaient permettre des séquences spectaculaires, d’un réalisme peu envisageable jusque-là, qui vont grandement participer au succès de titres comme Twister (1996), Le Pic de Dante (1997), Volcano (1997), Independance Day (1996), Titanic (1997), ou Armageddon (1998) pour ne citer que les plus connus.
Évidemment, là encore tout n’est pas à la hauteur de ses ambitions, et le nombre de petites séries b fauchées, mal ficelées, usant des clichés jusqu’à la corde et d’effets spéciaux souvent approximatifs allaient rapidement prendre le pas sur les grosses productions. Largement diffusés en dvd et vendus aux chaînes de télévision, ces films, assurés d’une certaine audience, s’avèrent au final très rentables. La décennie suivante allait suivre le même chemin, bien que les grosses productions, un peu plus timides, allaient devoir se faire une place au milieu des innombrables DTV sortant de manière très régulière. Les effets spéciaux ne cessent de se perfectionner, comme l’attestent les scènes impressionnantes du film Le Jour d’après (2004) ou celles de Nihon Chinbotsu (2006), réactualisation du film La Submersion du Japon sorti durant les années 70.
Quand elle n’anticipe pas la réalité, la science-fiction se base généralement sur des préoccupations contemporaines. Et si depuis quelques années nous entendons parler à tout bout de champ du réchauffement climatique et ses diverses théories désastreuses, il n’est donc pas étonnant de retrouver cette thématique dans de nombreuses productions actuelles aux conséquences souvent spectaculaires à plus ou moins grande échelle, comme Le Jour d’après, 2012 – Terre brûlée, Cyclone catégorie 6 – Le choc des tempêtes, Cyclone catégorie 7 – Tempête mondiale. Il en est de même pour les épidémies, comme celle de la grippe aviaire qui sera abordée dans les récits de quelques productions.
Les sujets évoluent, mais les films demeurent souvent identiques à leurs aînés, que se soit au niveau de leur construction (la structure du récit est connue d’avance) que des thèmes soulevés par les scénaristes… comment l’homme va t-il se sortir de la fatalité à laquelle il est confronté ? Sera-t-il capable d’apprendre à maîtriser ses propres créations ? Va t-il prendre conscience que son mépris ou sa négligence envers la Nature sont à l’origine de la catastrophe ?
Car derrière son aspect de divertissement spectaculaire, la finalité d’un film catastrophe est généralement de soulever quelques questions qui sont dans l’air du temps. Une méthode un peu naïve destinée à amener les gens à réfléchir sur leurs agissements, qui n’est pourtant peut-être pas sans incidences… Ce n’est sans doute pas un hasard si de nombreux documentaires « sérieux » ou d’articles publiés dans la presse (qu’il s’agisse de vulgarisation ou de recherche pure et dure), s’orientent de plus en plus vers une approche qui n’est pas sans rappeler celle des films que ces mêmes sources se plaisent souvent à décortiquer avec dédain…

À lire sur le sujet :
http://en.wikipedia.org/wiki/Disaster_film
http://www.cinematheque.fr/fr/espacecinephile/evenements/films-catastrophe/films-catastrophe.html
Voir également la page Bibliographie.





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