Eaten Alive (Le Crocodile de la mort) – 1977 – Tobe Hooper
Fraîchement auréolé du succès de Massacre à la tronçonneuse, sorti trois ans plus tôt, Tobe Hooper, ne profite malheureusement pas de ce triomphe. En effet, suite à de sombres embrouilles juridiques, le réalisateur ne touchera qu’une faible partie des recettes de son film. C’est alors qu’on lui propose de marcher sur les traces du premier blockbuster de l’histoire du cinéma, qui à l’époque règne sur le box-office : « Les dents de la mer ». Hooper accepte la commande, mais le produit fini ne sera pas conforme aux attentes des producteurs.
En effet, Hooper dynamite l’aspect commercial du film pour y insuffler ses propres obsessions : la folie humaine, l’isolement, l’Amérique profonde. A cela, le cinéaste, bien en marge des pratiques de l’époque, ajoute un tournage en studio, des éclairages savants, et une musique country omniprésente et décalée. On est bien loin du naturalisme du chef d’œuvre de Spielberg ! De même, alors que l’on s’attend à moult emprunts scénaristiques au film suscité, le réalisateur débute son métrage par….un hommage à Hitchcock ! Quant au crocodile, le script lui réserve finalement un rôle de discret faire-valoir. On comprend mieux la brouille survenue entre l’auteur et son producteur à la fin du tournage…
Pourtant, les partis pris osés de Hooper sont plutôt payants. Le décor en studio rend une atmosphère atemporelle et étouffante. Les personnages, à commencer par celui de Judd (épatant Neville Brand), bénéficient d’un traitement particulier qui, à défaut d’en faire des chairs à croco, décrit des êtres instables et névrosés à différents niveaux.
Intéressant. Dommage que le script doive, à intervalle régulier, revenir à son pendant commercial. Hooper n’arrivant pas toujours à concilier ses obligations et ses envies, le film sonne parfois creux. Difficile en effet de ne pas faire la moue devant une scène à l’ambiance pesante qui se termine par une attaque animale incongrue. Difficile aussi de ne pas bailler devant une action se déroulant dans un décor quasi-unique.
Le cul entre deux chaises, Le crocodile de la mort demeure une œuvre passionnante car peu commune. Et l’un des opus les plus intéressants de son auteur. Ce n’est d’ailleurs pas Tarantino qui prétendra le contraire, car le filou est allé piquer la première réplique du film pour son Kill Bill.
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