Grizzly – 1976 – William Girdler
À peine un an après la sortie de Les Dents de la mer, un rip-off total de ce dernier débarque sur les écrans : Grizzly. Réalisé par William Girdler connu alors jusque là pour quelques petites productions horrifiques comme Abby (1974) ou Asylum of Satan (1975), le réalisateur allait juste se contenter avec Grizzly de profiter du triomphe de Jaws. Le film allait rapporter plus de 30 millions de dollars pour un investissement 750 000 $, autant dire que le pari était réussi. La recette de ce succès ? Apporter un peu de nouveauté en changeant radicalement de lieu et trouver un animal aussi impressionnant que le requin mais évoluant cette fois-ci sur la terre ferme.
C’est simple, quel est, à l’instar du requin pour l’élément marin, le plus grand prédateur terrestre ? Le grizzly bien entendu (l’ours polaire également mais cela ne nous intéresse guère ici), qui peut déchiqueter ses victimes en quelques coups de griffes bien placés, courir à une vitesse raisonnable, possédant une peau épaisse tout en étant un minimum camouflé dans son milieu naturel.
L’animal identifié, le reste des éléments allait lui par contre ne pas connaître beaucoup d’évolution, en effet pourquoi changer une trame qui fonctionne à merveille. Les vacanciers-plagistes sont remplacés par des randonneurs et des campeurs, le maire avide par le directeur du parc possédant le même attrait pour l’argent, le chef Brody laissant sa place au chef des rangers nommé Kelly, les marins par des chasseurs, bref le terrain est formellement balisé.
Doté de superbes paysages, d’une ambiance forestière oppressante par moments et d’un prédateur d’une violence extrême, le film parvient malgré de nombreux petits défauts à provoquer d’authentiques frayeurs chez le spectateur. L’atmosphère sereine de la nature, brisée par un craquement de branchage dans les sous-bois obscurs, quelques instants avant que l’on voit surgir un monstre massif rugissant face à ses victimes provoque toujours son petit effet. Il est dommage par contre qu’à quelques exceptions près les attaques suivent toujours le même mode opératoire, mais également que la puissance de l’ours ne soit pas trop mise en avant.
Bien entendu on voit ce dernier défoncer un cabanon dans lequel s’est réfugiée une jeune femme ou renverser un poste de surveillance appartenant aux rangers, mais la mise en scène lors de ces passages n’est pas toujours très convaincante. Le nombre de victimes sera par contre assez élevé, et certaines attaques plutôt violentes, notamment celle ou une mère affolée et désespérée vient en aide à son petit garçon, véritable jouet entre les griffes du grizzly qui en profite d’ailleurs pour lui sectionner une jambe avant de partir s’occuper de la criarde agaçante qui l’empêche de savourer son repas. Le budget réduit du métrage n’a certes pas permis de faire des prouesses en ce qui concerne les effets spéciaux, mais ces derniers sont tout de même plutôt concluants.
L’ours ne sera dévoilé entièrement qu’assez tard dans le film, ce qui permet au réalisateur de ménager ses effets, même si les inserts de coups de griffes entre un plan montrant la victime qui crie et un plan montrant un membre tranché tombant à terre ont un côté un peu cartoonesque. Les quelques courses-poursuites sont suffisamment haletantes pour que l’on ne s’ennuie pas et le film demeure plutôt bien rythmé, jusqu’à l’affrontement final par contre un peu mou du genou mais tout de même plutôt impressionnant. D’ailleurs la manière dont est éliminé le grizzly peut par contre prêter un peu à sourire, de mon côté j’aurais plus vu quelque chose d’un peu moins bourrin, avec les pâles de l’hélicoptère ou autre par exemple mais bon le résultat est le même au final.
Là où le bas blesse c’est surtout au niveau du casting et des performances des acteurs, aucun ne possède le charisme de Roy Scheider ou de Richard Dreyfuss, les lignes de dialogues ne sont pas forcément toujours très travaillées non plus, mais ce sont surtout les relations entre les personnages, élément clé du film de Steven Spielberg, qui sont absentes ici. Les motivations de ces derniers restent obscures, ils ne sont aucunement développés ce qui fait que le spectateur peu difficilement s’attacher ou s’identifier au moindre protagoniste. William Girdler nous offre avec Grizzly : le monstre de la forêt, un film efficace, pas original pour un cachou et manquant un peu d’ambition mais qui demeure un bon moment de détente parsemé de quelques frayeurs.
Suite au succès de ce dernier, une suite intitulée Grizzly II : the Predator avait été mise en chantier, avec notamment George Clooney et Charlie Sheen prévus pour les rôles principaux, mais faute de financements et de quelques problèmes liés aux effets spéciaux cette dernière ne verra jamais le jour.
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