Grizzly Park – 2008 – Tom Skull
S’il faut remonter jusqu’à 1997 et le film A Couteaux tirés pour trouver un titre récent et très convenable mettant en scène un ours tueur, voici enfin avec Grizzly Park un nouveau représentant qui ne se contente pas d’aligner des stock-shots pourris, préférant à la place utiliser un ours bien réel. Malheureusement, cela ne fait pas tout, et si le réalisme des attaques est tout à fait respectable, il n’en est pas de même pour le reste… Après les immondes Grizzly Rage et Projet oxygène diffusés l’année dernière, un nouveau mangeur d’hommes fait donc son apparition sur nos écrans. Si cette première réalisation de Tom Skull n’est pas aussi catastrophique que les deux titres précités, de nombreux points négatifs viennent entacher un projet qui pourtant avait tout pour plaire sur le papier.
À commencer par le récit, qui n’est pas sans rappeler celui des deux productions récentes que sont See No Evil et bien évidemment Wilderness. Une menace terrible, voir même deux ici avec le tueur et le grizzly, plane sur un groupe de jeunes gens peu recommandables, chapeautés par un « officiel » chargé de leur surveillance. Mais là où Michael J. Bassett se détachait un peu de l’aspect caricatural des protagonistes en les affublant de personnalités sadiques et vicieuses, collant ainsi à leur statut de criminels, Tom Skull met les deux pieds dans le plat et nous délivre l’archétype de l’équipe sponsorisée Benetton (le black sympa, la latino chaude comme la braise, l’aryen de service, l’européenne bien sous tous rapports, etc.) poussé dans ses derniers retranchements.
Des personnages à peine esquissés qui se contentent de déblater des dialogues inintéressants, pendant que leurs acteurs respectifs tentent vainement de donner un peu de crédit à leurs rôles. Des prestations moyennes qui peuvent s’expliquer de part le fait que tous les comédiens sont fraîchement arrivés dans le monde du cinéma, à l’exception du Ranger Bob, campé par un Glenn Morshower impartial qui relève nettement le niveau. L’ours Brody, aperçu entre autres dans un épisode de Walker Texas Ranger (ça méritait d’être signalé non ?), n’aura donc que l’embarra du choix quant à la composition de son menu.
Il est d’ailleurs dommage que ce grizzly se fasse si discret durant les deux premiers tiers du film, se contentant de massacrer hors champ seulement deux personnes. Procédé réutilisé lors de l’attaque du loup, ce qui ne nous laisse à se mettre sous la dent qu’une attaque frontale d’un putois et son odeur pestilentielle. Grizzly Park manque cruellement de rythme, et il est d’autant plus rageant que le réalisateur n’utilise pas toutes les ressources de son scénario afin de rectifier le tir. Si ce dernier voulait garder un peu de mystère autour de l’ours, pourquoi ne pas avoir développé la piste du dangereux détenu en cavale ? Ce dernier apparaît et disparaît comme par enchantement, tuant quelques personnes avant de se faire massacrer par le grizzly énervé. Il est également décevant de ne pas être gratifié du moindre plan nichons, les personnages féminins se lavent et se baignent avec leurs sous-vêtements. J’en conviens cela ne sert pas à grand-chose, mais ça a au moins le mérite de faire passer le temps de manière un peu plus agréable.
Heureusement l’ensemble se réveille vers la fin, les attaques très bien foutues de l’animal tueur se font plus nombreuses et bien plus gores, le réalisateur n’hésitant pas à nous octroyer des corps tranchés en deux, une tête ravagée par un coup de griffes et divers démembrements assez sanguinolents. Sans être exceptionnelles, les assauts du grizzly sont suffisamment réalistes pour que l’on se laisse prendre au jeu, et les mises à mort excessives ne sont pas sans évoquer l’aspect un brin cartoon du film Grizzly de William Girdler. Les effets spéciaux sont plutôt bons, et l’on retrouve derrière ces derniers le nom de Douglas J. White, ayant travaillé sur des productions comme Desperado, Candyman II et surtout l’improbable Skeeter et ses moustiques énormes. Tom Skull parvient à utiliser son maigre budget de manière efficace, et à ce titre Grizzly Park se donne des allures de série B généreuse, dotée de beaux décors naturels, d’une photographie un peu sombre mais de qualité, et même d’un générique très sympathique. Pour la bande-son par contre c’est une autre histoire…
Malgré ces quelques qualités, Grizzly Park penche tout de même du mauvais côté de la balance. La lenteur du récit, les acteurs amateurs et les dialogues médiocres prennent le pas sur les effets gores généreux et les attaques réalistes de l’ours tueur. Le manque d’originalité est également en cause, même si l’habituel gimmick concernant le respect de la nature afin d’éviter de fâcheuses conséquences est habilement malmené par un twist final assez sympathique. En attendant mieux, Grizzly Park s’avère en tout cas bien plus fréquentable que les exécrables Grizzly Rage ou Savage Planet.
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