Long Weekend (Long Week End) – 1978 – Colin Eggleston
Si vers la fin des années 70, les titres basés sur le thème de la revanche de la nature sur l’homme étaient légion, la plupart se contentaient de plagier Les Dents de la mer sans toutefois y apporter la moindre originalité, ni-même se soucier de l’ambiguïté qui subsistait face aux agissements du requins tueur. Ces films se rapprochaient dans un sens bien plus de leurs homologues monstrueux des décennies précédentes, avec leur lot d’animaux ou d’insectes géants en tout genre, les scénaristes se contentant alors de remettre au goût du jour les thématiques routinières de ces productions.
Si quelques titres comme les réussis Frogs ou encore Day of the Animals ont tenté une approche plus perspicace du genre, l’ensemble était encore un peu trop maladroit pour les imposer comme de véritables représentants. C’est d’Australie que va venir la surprise, avec Long Week End de Colin Eggleston, une œuvre qui à le mérite d’être aussi réussie que les prestigieuses productions dont on peut entrevoir les influences en son récit. Les Dents de la mer, King Kong, Les Oiseaux, ou encore le cinéma de Peter Weir avec Pique-nique à Hanging Rock et La Dernière vague sont autant de références dans lesquelles le scénario de Long Week End semble puiser une partie de son inspiration.
Sorti en 1979 et n’ayant d’ailleurs pas fait grand bruit au box-office à cette date, c’est dans de superbes décors naturels australiens qu’a été tourné Long Weekend en 1977 par Colin Eggleston. Le réalisateur met ici en scène les écrits d’Everett De Roche, scénariste ayant œuvré sur des titres comme Harlequin, Link et son chimpanzé terrifiant, ou encore l’excellent Razorback, un autre représentant australien dédié à la thématique de la revanche de la nature sur l’homme, dans lequel un monstrueux suidé sème la terreur dans l’outback. Il est d’ailleurs étrange de constater qu’un continent à la faune et la flore si particulières n’ait pas inspiré plus de réalisateurs, qui se contentent souvent d’utiliser des animaux relativement classiques, que ce soit les requins de Shark’s Paradise ou les alligators de Les Dents de la mort ainsi que de la prochaine production du genre titrée Rogue…
Là où d’autres productions se contentent d’effets de surprises et de geysers sanglants pour effrayer le spectateur, la violence de Long Weekend réside en son ambiance accablante, qui fini par provoquer un véritable sentiment de malaise qui ne cesse de croître au fur et à mesure de l’avancée du récit. En un lieu isolé, la confrontation qui se déroule entre ceux qui représentent le monde « civilisé » et une nature sauvage, « primitive », en devient même tétanisante lors de certaines séquences. Un affrontement à l’issue incertaine, durant lequel le spectateur est tout autant effrayé par les éléments plus ou moins appuyés de la révolte de la nature que par les agissement de plus en plus incontrôlés du couple arrogant, qui doit également faire face à une autre animalité, celle enfouie au fond de chaque individu.
Difficile en effet de rester sagement assis sur son siège alors que Peter se retrouve seul dans la nuit, devant son petit feu de camp qui crépite alors que des bruits aussi naturels qu’étranges semblent surgir des ombres qui l’entourent (Blair Witch avant l’heure ?), où lors de sa course poursuite effrénée au milieu d’une forêt plus que menaçante.
Si dans les films du genre, ce sont les scènes d’assauts d’animaux tueurs qui se trouvent être les plus effrayantes, ici le réalisateur choisit un tout autre angle d’attaque. C’est en effet l’accumulation de petits détails, plus ou moins anodins, qui transforme ce camping sauvage en expédition inquiétante et mortelle. Le scénario réussi habilement à effrayer le spectateur sans vraiment se jouer des phobies plus ou moins généralisées (conscientes ou non), et use pour cela d’animaux banals, comme Hitchcock l’avait fait dans Les Oiseaux en adaptant les écrits de Daphné du Maurier. Point de serpents sifflants cachés dans les herbes, de terribles fauves aux dents acérées, de masses grouillantes d’insectes dévoreurs ou de hordes de rats dévastateurs, mais d’une faune tout ce qu’il y a de plus habituelle.
Le message est en tout cas très clair, ce couple de citadins lambda n’est pas le bienvenu ici, et le sort qui leur est réservé est plus que mérité. Après avoir renversé un kangourou et que Peter ait déclenché un petit feu en jetant son mégot dans l’herbe, lui et Marcia commencent à se perdre sur des chemins labyrinthiques durant une nuit d’encre… Établissant leur campement dans un coin paradisiaque, ces hôtes vont rapidement se révéler indésirables pour la faune et la flore environnante. Peter picole toute la journée et jette ses canettes où bon lui semble, donne des coups de haches dans des arbres sans aucun but précis. Juste pour s’amuser en quelque sorte, comme lorsqu’il se sert de son fusil, tirant à l’aveuglette partout ou des bruits le dérangent. Marcia de son côté va tuer bon nombre de fourmis un peu envahissantes à coups de bombe insecticide et éclater un œuf d’aigle contre un arbre. Des gestes plus ou moins graves et/ou stupides, mais toujours gratuits, comme lorsque Peter va tirer sur une forme sombre dans l’eau que lui et Marcia ont pris pour un requin. Un terrible et dangereux prédateur à leurs yeux, qui va finalement s’avérer n’être qu’un gentil dugong. étrangement refusera de mourir, et avancera inexorablement vers le campement de nos deux humains de plus en plus terrifiés…
Car en effet, outre leurs problèmes personnels qui prennent de plus en plus d’ampleur au fil des heures qui passent, ces derniers vont êtres effrayés par des hurlements qui déchirent la nuit, des confrontations avec diverses espèces animales qui n’hésitent pas à les attaquer, ou d’autres évènements étranges. La découverte d’un campement voisin abandonné et dévasté, puis du cadavre d’une femme emprisonnée sous l’eau dans sa camionnette va accélérer la fuite du couple. Mais on ne s’évade pas si facilement d’un piège tissé par la nature elle-même, et le duo n’est pas au bout de ses surprises…
Doté d’une superbe bande son, d’une photographie resplendissante et d’acteurs très crédibles dans leurs rôles respectifs (John Hargreaves et Briony Behets), Long Week End nous présente une nature aussi hostile que fascinante, dont l’opposition face à l’intrusion d’êtres indésirables en son sein est véritablement effrayante. Sous couvert d’un message écologique prédominant, le film de Colin Eggleston soulève tout un tas de réflexions qui viennent appuyer l’ambiance oppressante et surtout le malêtre qui se dégage du récit. Outre ses passages horrifiques réussis en tous points, le film va de plus jusqu’au bout de ses idées, nous gratifiant d’un final à la fois terrible mais tellement réjouissant. Le sentiment de peur que l’on ressent durant la vision de cette production est en tout cas très particulier. Il découle de l’accumulation de petits riens, qui une fois reliés entre eux prennent une signification tout autre… ce que le réalisateur a très bien compris, et il en use de manière à ce que le spectateur se retrouve dans le même état que les deux personnages principaux, c’est à dire à devoir faire face à une atmosphère suffocante et effrayante, ainsi qu’à une claustrophobie ambiante des plus dérangeantes…
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