Monkey Shines (Incidents de parcours) – 1988 – George A. Romero
Quand George A. Romero n’est pas occupé à filmer des morts-vivants (La Nuit des morts-vivants, Zombie, Le Jour des morts-vivants), il n’en oublie pourtant pas d’être un réalisateur talentueux, comme nous le prouve l’excellent Martin ou encore Incidents de parcours, adaptation d’un roman de Michael Stewart intitulé Monkey Shines, qui malgré quelques petites faiblesses passe admirablement bien à l’écran. Le réalisateur parvient avec cette histoire à priori classique d’un singe victime d’expériences scientifiques, qui fini par devenir fou, à créer une ambiance angoissante, voir troublante par moments, le tout agrémenté de petites touches de cynisme et d’humour noir. Si les grands singes (voir gigantesques) étaient présents dès les débuts du cinéma, et souvent utilisés de manière à confronter l’homme moderne à sa bestialité ou à réfléchir sa propre évolution, les espèces de primates plus modestes en taille se font beaucoup plus rares. Les années 80 voient cependant arriver quelques films d’agressions animales les concernant. Des hordes de babouins féroces mangent tout ce qu’ils croisent dans In the Shadow of Kilimanjaro, un autre babouin prend en chasse un groupe de personnes dans Shakma, et de manière plus proche du thème qui va nous intéresser ici, un chimpanzé dressé va se retourner contre les hommes dans l’excellent Link.
Il règne tout au long du film un sentiment de bestialité et de sauvagerie qui tend à nous montrer que la différence entre l’homme et l’animal n’est finalement pas si grande que cela. La liaison entre Allan et Ella, le singe capucin, commence de manière très « fonctionnelle », le singe étant juste là pour aider le tétraplégique dans sa vie de tous les jours, mais va vite se révéler être plutôt « fusionnelle ».
Il sera dès lors difficile de différencier mentalement les 2 protagonistes tant leurs esprits respectifs semblent liés pour n’en former qu’un. Tout le récit d’Incidents de parcours est basé sur cette relation perturbante, dépeignant un animal s’humanisant, alors que de son côté l’homme à plutôt tendance à régresser vers ses instincts primaires. Les éléments divers et personnages extérieurs ne sont là que pour souligner le changement qui s’opère en Allan, qui ne se rendra vraiment compte de la portée de la chose qu’après la mort de quelques-uns de ses proches. Allan possède quelques petits points communs avec Willard, essentiellement au niveau des relations qu’il entretient avec l’animal et sa mère très possessive, mais également dans l’isolement qu’il s’est lui-même infligé, qu’il parviendra pourtant à quitter avant de sombrer dans la folie, contrairement à Willard.
Si le début d’Incidents de parcours se rapproche assez d’un téléfilm à priori bien gentillet, tout va rapidement sombrer dans une sorte de thriller fantastique, virant à l’affrontement psychologique entre Allan et Ella. Tout se déroule graduellement. Allan perd de plus en plus les pédales, il devient irascible voir mauvais, alors que le singe commence à effrayer son entourage par des actes de plus en plus réfléchis et machiavéliques. Et si la violence est ici plus suggérée que graphique, George A. Romero parvient de belle manière à faire frémir le spectateur. A la manière du film Link, le singe passe ici aussi instantanément d’un comportement attendrissant à un comportement effrayant et sauvage, et même si physiquement l’animal est ici moins impressionnant, il inquiète de par son petit regard malicieux et sa capacité à pouvoir se cacher et surgir de partout. En cela, la dernière partie du film est une très grande réussite, et la tension accumulée tout au long de l’histoire explose ici de manière très maîtrisée par le réalisateur. Le singe se montre très agressif et les scènes qui le mettent en jeu alternent entre violences physiques et psychologiques. L’animal veut montrer qu’il est maintenant celui qui domine, profitant de l’état d’invalidité physique de son compagnon, mais également de son instabilité mentale à cet instant. Si dans un premier temps les actions d’Ella semblent dépendre des pensées d’Allan, le capucin va vite prendre ses marques et commencer à agir de son propre chef, ses actions devenant alors assez terrifiantes aux yeux des hommes.
Excepté Alan, le réalisateur ne laisse par contre pas suffisamment de place au développement des personnalités annexes. Sans pour autant sombrer dans la caricature, le savant fou, la mère jalouse, la petite amie compréhensive et la femme adultère manquent un peu de consistance. Heureusement, un casting assez réussi permet de pallier en partie à tout ça. On retrouve dans Incidents de parcours des noms comme ceux de Jason Beghe (Thelma & Louise, G.I. Jane, etc.), qui délivre ici une excellente prestation, ou encore de Joyce Van Patten (The Stranger Within), tous deux soutenus par de jeunes comédiens qui s’en sortent très bien. De même, certaines pistes scénaristiques ne sont pas suffisamment approfondies ou clairement définies, comme les expériences de Geoffrey par exemple, les agissements de la femme d’Allan et du médecin, ou le lien télépathique s’étant établi entre Allan et Ella, d’ailleurs suggéré par d’inutiles séquences en vue subjective.
Les effets spéciaux, essentiellement constitués de maquillages sont plutôt réussis, à noter d’ailleurs que l’on retrouve derrières ces derniers Tom Savini, et les nombreuses apparitions du singe tueur sont très efficaces. Des animaux dressés ont été utilisés dans quasiment toutes les scènes, seules quelques marionnettes sont employées par moments, accentuant ainsi le réalisme et la crédibilité de la production. Le tournage n’a d’ailleurs pas été de tout repos, certaines séquences ayant nécessité plus de quarante prises, sans oublier que l’équipe à du faire appel à une douzaine de singes durant la réalisation pour arriver au résultat final.
Malgré quelques lacunes et manquant cruellement d’originalité, puisqu’il n’est en effet question que d’un animal génétiquement altéré suite à des expériences scientifiques, George A. Romero parvient pourtant avec Incidents de parcours à réaliser un film abouti. Heureusement, la description et l’évolution de la relation qui se tisse entre Allan et Ella permettent de faire l’impasse sur toutes les petites imperfections. De plus, le film est par moments réellement effrayant, et mérite en cela une belle place aux côtés de Link parmi les singes tueurs les plus terrifiants du cinéma…
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