Night of the Lepus (Les Rongeurs de l’apocalypse) – 1972 – William F. Claxton
Un concours de circonstances est sans doute à l’origine de la naissance d’un film aussi improbable que Les Rongeurs de l’apocalypse… Le succès de Willard et ses rats vengeurs sorti l’année précédente, l’ombre du chef-d’œuvre qu’est Les Oiseaux et des films de bestioles géantes des années 50, ainsi qu’un apéro certainement trop arrosé font qu’il était alors possible d’envisager une production mettant en scène des lièvres géants assoiffés de sang frais. Quoi qu’il en soit, il fallait cependant trouver de sérieux arguments pour vendre ce film à des producteurs médusés, c’est pourquoi Night of the Lepus, de son titre original, se réclame être une adaptation libre du roman The Year of the Angry Rabbit de Russell Braddon, qui abordait un sujet similaire sous l’angle d’une satire politique plutôt burlesque.
Et si l’on rit beaucoup durant cette production hallucinante, ce n’est certainement pas volontaire. Pourtant, malgré de nombreux défauts et une balance qui penche lourdement du côté du bon nanar des familles, Les Rongeurs de l’apocalypse s’avère être un divertissement des plus sympathiques, un film taillé pour être projeté dans les drive-in et qui mine de rien tient plutôt bien la route une fois l’ahurissement de départ consommé. C’est William F. Claxton, réalisateur ayant auparavant travaillé sur de nombreuses séries télévisées dont Bonzana, La Petite maison dans la prairie ou encore Fame, qui se charge de porter à l’écran cette histoire de lapins géants…
Pour nous mettre dans l’ambiance le film débute sur de vieux stock-shots d’une invasion similaire ayant eu lieu en Australie, un sacré bordel d’ailleurs bien que les lapins ne soient ni géants, ni vampires !!!
Le récit se déroule en Arizona, dans un coin envahi par les lapins, ce qui commence sérieusement à poser quelques problèmes aux autochtones qui ont désormais peur de se faire grignoter la carotte, et notamment à Cole Hillman, joué par Rory Calhoun (The Colossus of Rhodes, Young Fury…), qui possède un ranch non loin de là. Le biologiste Roy Bennet, dont le rôle échoue à Stuart Whitman (The Cat Creature, Le Bison blanc, Les Sables du Kalahari, City Beneath the Sea, etc.), est dépêché sur place et va commencer divers tests sur les lapins. Mais une fillette va embarquer du labo un spécimen sur lequel un produit dont les effets réels sont encore inconnus a été testé…
Difficile de faire plus simple non ?
Assez rapidement, les premiers morts vont apparaître dans la région. Diverses solutions techniques étaient offertes au réalisateur pour nous effrayer avec les animaux géants. Un véritable festival d’effets spéciaux plus ou moins réussis s’offre à nous, durant lequel on assiste à des scènes ou les lapins sa baladent au milieu de maquettes, des passages usants de contre plongés ou autres incrustations, sans oublier des lapins filmés en gros plan pour accentuer cette impression de gigantisme. Des peluches (ou lapins empaillés, je n’ai pas trop fait attention) sont également de la partie, mais on retiendra surtout l’apparition du mec costumé, dont l’incroyable déguisement a dû être acheté dans le magasin de farces et attrapes le plus proche pour à peine 10 $ tellement il ne semble pas crédible. Voir un acteur déguisé de la sorte sauter sur ses victimes (hommes, vaches et chevaux !), avant de leur mettre des coups de griffes est assez ahurissant.
À côté de ça, le réalisateur use surtout de gros plans sur les yeux ou les dents ensanglantées des bestiaux, se servant également des jeux d’ombres et de lumières afin de tenter d’effrayer le spectateur. L’homme y parvient en partie grâce à une bande sonore assez minimaliste, composée de couinements et de grognements mêlés à des bruits étranges, qui parviennent à rendre certains passages plutôt angoissants.
Certaines scènes sont d’ailleurs plutôt réussies, par exemple à l’attaque du ranch ou lorsque l’on voit les lapins débouler de nuit dans les rues, accompagnés d’un raffut digne d’une immense charge de cavalerie. Les Rongeurs de l’apocalypse comporte également un nombre de cadavres plutôt satisfaisant, bien que ces derniers ne soient que des personnes allongées, arrosées d’un faux sang qui fait très ketchup. Les attaques sont nombreuses, plutôt sanglantes et les acteurs s’en sortent dans l’ensemble assez bien malgré des lignes de dialogues dont la profondeur frise le zéro absolu. De nombreuses invraisemblances sont visibles, la liste serait trop longue à faire, mais le détrousseur fanatique d’incohérences en tout genre aura de quoi remplir son calepin. L’histoire se clôture (électrique…) sur un final assez barbare, qui fait intervenir lances-flammes et grillages électrifiés. Comme quoi les nouvelles méthodes, ça va bien 5 minutes, mais rien ne vaut le bon bourrinage des familles pour venir à bout d’une invasion…
Sans être une grande réussite, Les Rongeurs de l’apocalypse se révèle au final être un film terriblement amusant, sanglant et suffisamment sincère dans sa démarche pour qu’on le regarde comme un petit plaisir coupable. Un divertissement des plus honnêtes qui permet d’égayer sans problème une soirée un peu morne. Pour conclure, laissons la parole à un des personnages du film, désireux de faire réagir la population en prononçant sans conviction les phrases suivantes : “Attention! Attention! Ladies and gentlemen, attention! There is a herd of killer rabbits headed this way and we desperately need your help!”
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