Orca – 1977 – Michael Anderson
Alors que les plages étaient encore sous le choc des Dents de la mer sorti quelques années auparavant, et que bon nombre de rip-offs du film de Steven Spielberg avaient déjà envahi les écrans et les videoclubs, Dino De Laurentiis, qui avait flairé le filon en vogue des productions d’agressions animales, produisait peu après un remake de King Kong et Le Bison blanc, puis revenait à la charge avec cette fois-ci une histoire d’épaulard vengeur signée par Sergio Donati et Luciano Vincenzoni. C’est Michael Anderson (Logan’s Run, 1984, 20,000 Leagues Under the Sea etc), qui va se charger de porter à l’écran ce récit qui s’apparente en définitive à un mélange de Jaws et d’éléments de Moby Dick, bien qu’ici les rôles du chasseur et de la proie soient inversés. Pourtant, malgré les apparences, cette production s’éloigne totalement du schéma typique des films catastrophes animaliers dans lesquels la nature prend sa revanche sur l’homme, bien que certains clichés du genre soient grossièrement apparents.
Difficile en effet d’échapper à la présentation « pseudo-scientifique » du mammifère marin, car si depuis le film de Spielberg tout le monde sait à quoi ressemble un requin, il n’en est pas de même pour l’orque… Outre sa taille imposante et sa férocité, le cétacé nous est présenté par Charlotte Rampling comme un animal doté d’une intelligence supérieure à la normale et d’un instinct de vengeance très développé, ce qui va être pratique afin de faire passer la pilule concernant le récit qui va suivre et son acharnement à vouloir tuer l’homme ayant blessé à mort sa femelle et assassiné son bébé. Bref nous ne sommes pas ici dans Sauvez Willy !
A la manière d’autres productions de la même époque, comme Prophecy ou Morsures, et pour mystifier un peu l’ensemble, il est également question de superstitions et de vieilles légendes indiennes, qui permettent également aux scénaristes de prendre un peu de marge quant à la crédibilité de l’ensemble. Cette « diabolisation » de l’animal permet ainsi de flirter sans trop prendre de risque avec le fantastique, et ainsi de contourner les observations scientifiques quant au comportement naturel des orques.
Si dans Les Dents de la mer, le requin Bruce était également présenté au spectateur à travers un portrait assombri de l’espèce, le squale tueur n’était pourtant rien de plus qu’un animal prenant sa revanche l’homme peu soucieux de son environnement, l’identification n’était pas de mise. Bruce est un monstre terrifiant, et si ce sont les agissement de l’espèce humaine qui l’ont amené à se rapprocher dangereusement des côtes, il n’est pas question d’excuser ses faits et gestes, il doit mourir rapidement, afin que l’homme sorte une nouvelle fois victorieux de cette affrontement avec la nature.
La piste privilégiée par les scénariste d’Orca est radicalement opposée, l’épaulard d’Orca n’est au final que « le reflet » du capitaine Nolan. L’orque est en effet humanisé au fil de l’histoire, et ses sentiments n’ont plus rien de naturel, il agit comme un homme, plus précisément comme l’aurait fait le capitaine, avec lequel la confrontation semble inévitable. Dans ce duel se déroulant en pleine mer, l’un des deux doit mourir… et si dans un premier temps la balance sentimentale du spectateur penche fortement en faveur du mammifère, guidé en cela par des ficelles scénaristiques et des situations amenées de manière assez maladroite, cette approbation de la vengeance animale se dissout peu à peu, car au fil du récit Nolan nous apparaît sous un jour bien plus « humain » lui aussi, accablé par ses faiblesses et sa destinée tragique.
Petite maladresse du réalisateur, l’orque nous est dévoilé dans un premier temps comme bien plus puissant que le grand requin blanc, à travers une séquence durant laquelle il blesse mortellement un squale de la taille de celui des Dents de la mer, le réalisateur cherchant sans doute ainsi à nous impressionner et à reléguer le film de Spielberg au rang de divertissement rigolo. Mais étrangement quand je vais nager en mer, si je repense souvent aux dents acérées des requins, la crainte de croiser un épaulard ne se fait pas ressentir, cette séquence gratuite manquant cruellement d’impact et de réalisme. L’animal se venge, décimant un à un tous les membres de l’équipage de Nolan, et provoquant des situations destinées à lui faire prendre conscience de ses actes… Les scènes d’attaques ne sont guères impressionnantes, même celle reprenant le schéma de Jaws avec la victime qui glisse vers la gueule ouverte de l’animal, et excepté une jambe arrachée elles ne sont que peu sanglantes. Heureusement que le final sur la banquise vient réellement relever le niveau, même si pour assister à cela il va falloir patienter devant de nombreuses longueurs et écouter des dialogues par moments assez superficiels.
Si la photographie est superbe, mettant merveilleusement en valeur certains décors de toute beauté, il est par contre dommage que toutes les prises de vues sous-marines n’aient pas été effectuées en milieu naturel. On distingue malheureusement un peu trop souvent des passages filmés en bassins, même si la grâce des orques parvient à faire un peu oublier ce défaut redondant. Les effets spéciaux ne sont pas non plus un des points fort d’Orca, et choquent particulièrement au sein d’une production dont le budget semble conséquent. La présence au casting de noms comme Richard Harris (This Sporting Life, Major Dundee, Juggernaut), la belle Charlotte Rampling (On ne meurt que 2 fois, Zardoz), l’excellent Will Sampson (One Flew Over the Cuckoo’s Nest, The White Buffalo) ou encore Keenan Wynn (Piranha, The Killer Inside Me), apporte pas mal de cachet à l’ensemble, et leurs performances dans leurs rôles respectifs sont d’une grande qualité.
Peu crédible, doté de nombreux petits défauts techniques et d’une histoire inégale, Orca propose tout de même quelques séquences très fortes en émotions, et c’est finalement avec plaisir que l’on suit ce récit d’aventures nous narrant cette improbable mais belle histoire de vengeance animale ainsi que la décrépitude du capitaine Nolan sombrant peu à peu dans la folie… Un film en demi-teinte donc, qui évite cependant la noyade grâce aux performances de ses acteurs, ses superbes images et l’émouvante bande son d’Ennio Morricone.
À découvrir également :
- 20,000 Leagues Under the Sea (20 000 lieues sous les mers) – 1997 – Michael Anderson
- The Black Pearl (La Perle noire) – 1977 – Saul Swimmer
- Tentacoli (Tentacules) – 1977 – Ovidio G. Assonitis
- Pericolo negli abissi – 1977 – Bruno Vailati
- Tintorera (Tintorera – du sang dans la mer) – 1977 – René Cardona Jr.








Beau et triste à la fois! Une belle musique surtout!
Sur la vague du succès des « Dents de la mer » de Steven Spielberg, on profite de l’occasion pour remporter de l’argent chacun de son côté. Le seul souci, c’est que ce film n’a rien à voir avec le film original… Boudé surtout pour cette raison, ce film, pour ma part, est une vraie réussite de par son scénario original (un orque vengeur) et ses acteurs talentueux portés par la présence du duo Harris / Rampling. A noter toutefois, des effets spéciaux légers dans certaines scènes… Note : 7/10.