Tarantula – 1955 – Jack Arnold
Au même titre que Des Monstres attaquent la ville, La Chose surgit des ténèbres et bien d’autres, Tarantula fait partie des productions emblématiques dédiées aux bestioles géantes qui pullulaient durant les années 50, qui peuvent être qualifiées de « Nuclear Movies ». Une époque durant laquelle le réalisateur Jack Arnold enchaine le film à une fréquence impressionnante. Peu de temps après It Came from Outer Space en 1953, l’homme va réaliser entre deux et quatre films par an durant de longues années, films parmi lesquels nous retrouvons le merveilleux L’Etrange créature du lac noir (1954), La Revanche de la créature, L’homme qui rétrécit (1955), Le Monstre des abîmes (1958), et bien évidemment celui qui nous intéresse ici : Tarantula! Comme la plupart des œuvres de Jack Arnold, Tarantula tient encore étonnamment bien la route aujourd’hui, et n’a que peu souffert du poids des années.
L’histoire, écrite par Jack Arnold lui-même, demeure une nouvelle fois des plus classiques, celle de l’homme jouant à l’apprenti sorcier avec la nature. Ici il s’agit de tester une hormone de croissance en l’injectant dans l’organisme de diverses bestioles. Parmi les spécimens se trouve une araignée, qui va bien évidemment s’échapper du laboratoire, tout en ne cessant de croître, passant par les tailles d’un chien ou d’une maison, avant d’atteindre celle d’un stade ! Quel dangereux métier que celui de scientifique, ils feraient mieux de faire leurs tests sur des tomates ça serait sans doute un peu moins néfaste et dangereux… quoique… L’Attaque des tomates tueuses est là pour nous prouver le contraire !
Il n’en reste pas moins que malgré cette trame classique, le réalisateur parvient à rendre l’ensemble très efficace, en partie grâce à des effets spéciaux très réussis.
Concernant le casting, encore une fois rien de bien transcendant dans le jeu des acteurs, le minimum syndical est de mise, mais cela reste très correct pour une production de ce genre. À noter d’ailleurs la présence de Clint Eastwood dans un de ses premiers rôles (négligeable), ici dans la peau d’un pilote d’avion.
On y retrouve également John Agar (Revenge of the Creature, The Mole People, Attack of the Puppet People…), qui décidément est loin d’en avoir terminé avec les monstres en tout genre, accompagné de la charmante Mara Corday (The Giant Claw, The Black Scorpion…) dont on peu regretter la carrière peu prolifique qu’elle connaîtra par la suite. De la même manière que dans Des Monstres attaquent la ville, Tarantula propose une très belle photographie, jouant également sur les contrastes du noir et blanc, les décors clairs du désert et la masse sombre de l’araignée se prêtant parfaitement à ce jeu de couleurs, renforçant ainsi l’ aspect menaçant de l’arachnide géant. En effet, le directeur de la photographie n’est autre que George Robinson, ayant auparavant officié sur de nombreuses productions horrifiques des Studios Universal.
Les effets spéciaux sont dans l’ensemble très réussis, car ici, contrairement à d’autres productions du genre, il n’est pas question de monstres en carton-pâte ou autres subterfuges parfois grotesques, mais bel et bien d’un véritable arachnide filmé, « dirigé » via de petits jets d’air afin que l’araignée se déplace selon la volonté du réalisateur, avant d’être incrustée dans de nombreuses scènes selon la vielle méthode des caches, reprise régulièrement plus tard par exemple par Bert I. Gordon dans bon nombre de ses films parmi lesquels L’Empire des fourmis géantes, Soudain… les monstres, Beginning of the End, etc. Ce procédé, malgré quelques limitations qui rendent parfois les incrustations perfectibles et les interactions peu nombreuses, a au moins le mérite de permettre à la bestiole de garder un aspect très réaliste et véritablement effrayant pour les spectateurs ayant une peur légère ou prononcée pour les araignées bien velues… Certaines séquences utilisent d’ailleurs à merveille cette technique, et permettent au réalisateur de donner un côté alarmant, quasi apocalyptique au récit, nous faisant vraiment appréhender la menace que représente la tarentule géante. Cette dernière, de par son gigantisme demeure insensible aux armes à feu des hommes, une nouvelle fois dépassés par les évènements, jusqu’au final qui va opposer l’araignée à l’U.S. Air Force dans un combat titanesque.
Seule une tête géante de l’animal a été fabriquée pour quelques séquences, qui sera par la suite d’ailleurs réutilisée dans le film Missile to the Moon. Les maquillages, que l’on doit à Bud Westmore et Joan St. Oegger, tous deux bien connus pour leurs innombrables participations dans les films de science-fiction et fantastiques de l’époque, sont également très réussis. Les victimes déformées par l’acromegalia, maladie plutôt handicapante, sont véritablement effrayantes.
Petite série B d’exploitation des années 50, Tarantula, malgré son budget limité, son tournage express bouclé en moins de 20 jours et le traditionnel message « on ne se joue pas de la Nature », se révèle être au final un excellent film, qui, outre son statut de « classique », propose en tout cas tous les ingrédients permettant aux spectateurs de se prendre au jeu très facilement. Féroce, effrayant et maîtrisé par un réalisateur qui n’en est pas à son coup d’essai, le film reste très agréable à regarder plus de 50 ans après sa sortie, et inspire mine de rien toujours certains réalisateurs contemporains (Eight Legged Freaks, Spiders…). À voir absolument si ce n’est pas déjà fait.
À découvrir également :
- Revenge of the Creature (La Revanche de la créature) – 1955 – Jack Arnold
- Creature From the Black Lagoon (L’Étrange créature du lac noir) – 1954 – Jack Arnold
- Arachnid – 2001 – Jack Sholder
- Kiss of the Tarantula (Mygale ou Le Baiser de la tarentule) – 1976 – Chris Munger
- It Came From Beneath the Sea (Le Monstre vient de la mer) – 1955 – Robert Gordon






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