The Birds (Les Oiseaux) – 1963 – Alfred Hitchcock
Au même titre que Psychose, The Birds s’avère être un des films les plus connus de la personne surnommée « le maître du suspens », Alfred Hitchcock. Les Oiseaux est inspiré d’une nouvelle, également titrée The Birds de Daphne du Maurier, dont le réalisateur avait déjà adapté des écrits avec La Taverne de la Jamaïque et Rebecca. A priori la nouvelle s’inspirerait soit d’un article de journal paru courant 1961, qui racontait une histoire d’oiseaux attaquant des humains (un fait divers comme les autres en gros, bien qu’assez sinistre), soit de ce qu’avait pu voir la romancière lors d’une de ses promenade : une mouette plongeant violemment sur un fermier labourant son champ. Il est par ailleurs à noter que la romancière n’a vraiment pas apprécié le film, le réalisateur ayant pris un peu trop de liberté d’après elle, ce qui n’est pas faux puisqu’à part le titre commun, l’histoire avait entièrement été réécrite par Hitchcock lui-même, aidé du scénariste Evan Hunter. N’ayant à ce jour pas encore lu la nouvelle j’en resterais là.
En tout cas ici, l’invasion par des oiseaux belliqueux de la petite ville côtière de Bodega Bay, située non loin de San Francisco, est un véritable cauchemar, provoquant chez le spectateur une terreur bien tangible. La recette de ce succès ? Outre une mise en scène parfaite, une ambiance sonore oppressante, des effets spéciaux très réalistes et d’un casting sans faille, c’est surtout que pour la première fois le genre s’éloigne des insectes mutants géants, radioactifs ou non, dont la présence était seulement basée sur des spéculations scientifiques plus ou moins crédibles.
Il est en effet seulement question de volatiles « normaux », ceux que l’on croise tous les jours dans les parcs ou sur les rochers près des plages. Le nombre va donc primer sur la taille, les oiseaux affamés prenant de plus en plus d’assurance au fur et à mesure que leurs rangs grossissent. Les incidents isolés deviennent alors de plus en plus fréquents, prenant place en plein centre ville, lieu déserté par les hommes qui se cloîtrent chez eux terrifiés par ce qui se passe dehors et dans le ciel. La véritable force du film est bien cette approche réaliste, tout ce qui nous est montré est possible, pourrait arriver n’importe où dès demain, la nature n’ayant pas fini de nous surprendre. Certains réalisateurs allaient proposer plus tard de plus en plus d’histoires comme celle-ci, avec par exemple, pour ne citer que parmi les plus réussis, le Jaws de Steven Spielberg, The Savage Bees de Bruce Geller ou encore Dogs de Burt Brinckerhoff.
Ainsi, The Birds allait véritablement créer un sous genre cinématographique dans lequel, la nature, à travers un ou de nombreux avatars animaliers va prendre sa revanche sur l’homme. Bien sur cette définition vaut ce qu’elle vaut et n’est pas vraiment figée, notamment si l’on se penche sur des titres au fond totalement différent comme Willard de Daniel Mann ou encore Cujo de Lewis Teague pour ne citer qu’eux. Il est parfois difficile de déterminer si ce courant est d’ailleurs lié à la branche horreur ou catastrophe du cinéma, sans doute un peu des deux dans la plupart des cas. La peur des animaux ou des insectes étant une phobie partagée par un grand nombre de gens, bon nombre de productions allaient s’inspirer ou se revendiquer de ce titre durant de nombreuses décennies, avec bien entendu plus ou mois de réussite, et les inspiration marketing du type « Après The Birds, le film qu’Hitchcock aurait aimé réalisé » (ici pour The Savage Bees) allaient fleurir un peu partout.
En partie tourné dans des décors naturels, c’est pourtant en studio que se déroulera le gros du tournage de The Birds, pour des raisons de commodité. En effets, la mise en place de certaines séquences, nécessitant souvent l’utilisation de maquettes avait besoin d’être particulièrement préparées en amont. Les très nombreux effets spéciaux sont absolument superbes, et mêlent de très belle manière des oiseaux sauvages, des oiseaux dressés ainsi que de faux spécimens. Trois ans de préparation ont d’ailleurs été nécessaires afin de finaliser correctement ces nombreux plans, qui en raison d’une complexité plutôt rare pour l’époque ont nécessités de nombreuses innovations.
Devenu à ce jour un véritable classique, The Birds mérite amplement cette distinction tant tout y est maîtrisé et effrayant, distillant une ambiance apocalyptique assez unique en son genre. Visuellement remarquable, doté de trucages visuels et sonores effrayants, ce grand film d’Alfred Hitchcock à de plus très bien vieilli, et parvient sans peine encore aujourd’hui à surprendre bon nombre de spectateurs. Sa suite, The Birds II : Land’s End, petite production télévisée sortie un peu dans l’indifférence générale, n’aura par contre pas autant de succès. Le remake « gore » mexicain El Ataque de los pájaros que l’on doit à René Cardona Jr. mérite par contre le coup d’œil, ne serait-ce que pour ses exagérations sanglantes.
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