The Lost World (Le Monde perdu) – 1960 – Irwin Allen
Après toutes les merdes que Ratapoil, Nachthymnen et moi-même vous ont abreuvées ces dernières semaines, ma fibre nostalgique m’a suggéré un bond dans le passé, en vous proposant cette petite critique d’un avant Jurassic Park. The Lost World, le roman culte de Sir Arthur Conan Doyle (le père de Scherlock Holmes) a suscité nombre d’adaptations, de copies, de remakes cinématographiques et littéraires (Le Matin des dinosaures, les 2 romans de Michael Crichton, L’Empreinte du tyrannosaure, qui fut d’ailleurs récemment adapté pour la télé sous le titre de A Sound of Thunder…) Disons le tout de suite, The Lost World de Sir Doyle est l’ancêtre direct de Jurassic Park et de King Kong, le précurseur de cette passion que nous inspire les dinosaures depuis que nous sommes tout gosse.
Première fois adapté en 1925, la version noir et blanc d’Harry O. Hoyt évinçait le minutieux récit explorateur du livre de Sir Doyle pour nous balancer en pleine poire un authentique documentaire paléontologique d’époque, une surenchère de brontosaures, de tricératops et d’allosaures, tous plus voraces et vindicatifs que les autres.
Si ce n’est pas déjà fait, ruez-vous sur cette première version, vous en aurez pour votre argent avec toute cette clique de mastodontes en latex qui se déchirent continuellement la gueule au milieu de décors préhistoriques plus vrai que nature (n’oubliez surtout pas de restituer le film dans son contexte historique, vous risquez d’être déçu face aux effets spéciaux d’avant la crise de 1929). Rien que pour ce film, 50 marionnettes ont été réalisées, d’abord sculptées par Marcel Delgado puis animées aux mains expertes de Willis O’brien (ces deux artisans renouvelèrent l’exploit avec le King Kong de 1933, celui qu’on connaît tous).
Il a fallut attendre 1960 pour que la 20th Centery Fox s’acquière les droits du livre et récidive cette 2ème adaptation, nous offrant rien de plus qu’un petit film d’aventure de bonne qualité.
Willis O’Brien lui aussi s’est retrouvé membre de l’aventure, bien que son rôle dans l’équipe technique fut bien moins importante que pour ses précédentes incursions dans le genre Monstres/Dinosaures (The Black Scorpion, The Giant Behemoth, The lost world 1925). Donc, exit la Dynamation et les t-rex en caoutchouc. Ici, la Fox nous ressort une technique emprunté au One Million B.C. des années 40 (Tumak, fils de la jungle chez nous) et nous colle de vrais lézards agrandis et couverts de fausses cornes, procédé plus rapide et plus économique que la stop-motion.
C’est Irwin Allen qui s’est retrouvé derrière la caméra en tant que réalisateur/scénariste et producteur. Autant dire que le bonhomme n’a pas chômé, de même sur ses autres film où il assurait une polyvalence exemplaire (La Tour infernale, Le Sous-marin de l’apocalypse, The story of Mankind, L’Inévitable catastrophe et ses abeilles tueuses…). De plus, le défunt cinéaste s’est targué d’un excellent casting. D’ailleurs, le film tient surtout la route grâce à ses acteurs qui s’investissent à fond dans leur personnage, parmi lesquels on retiendra la prestation de Claude Rains dans la peau du professeur George Edward Challenger, zoologiste violent, antipathique et maniaque du parapluie, avec lequel il n’hésite pas à cogner les reporters trop curieux.
Sur le plan dinosaures, une légère déception est au rendez-vous si on compare ce film à son ancêtre en noir et blanc. D’ailleurs, il faut attendre une bonne heure avant d’en voir un à part entière, un iguane surdimensionné qui broute paisiblement dans une clairière. Comme je l’ai précisé plus haut, on est plutôt dans film d’aventure (on est quand même loin de la crétinerie des Allan Quatermain), où les colosses du jurassique ne sont pas vraiment l’essence du récit. Ici, l’intrigue tourne autour de la troupe d’explorateurs coincée sur le haut plateau. Irwin Allen soigne correctement ses personnages, prend le temps de décrire leurs motivations, leurs compromis, leurs états d’âme, tout ça interrompu par quelques gros dinos furax. Même si les bêtes préhistoriques n’occupent qu’une place restreinte dans l’histoire, on a droit à quelques bonnes scènes avec de gros reptiles grimmés en dinosaures. La meilleure scène est bien entendu l’inévitable combat entre un lézard à collerette et un jeune alligator, trois minutes de pures sauvagerie où les deux reptiles ont dû sévèrement en pâtir pendant le tournage.
Pour finir, Le Monde perdu version 1960 est un excellent divertissement qui vaut bien mieux ce qu’Hollywood nous gratifie aujourd’hui en terme d’interprétation et de qualité artistique…
À découvrir également :
- The Lost World (Le Monde perdu) – 1998 – Bob Keen
- The Lost World (Le Monde perdu) – 1925 – Harry O. Hoyt
- The Lost World: Jurassic Park (Le Monde perdu) – 1997 – Steven Spielberg
- King of the Lost World (Le Seigneur du monde perdu) – 2005 – Leigh Scott
- When Dinosaurs Ruled the Earth (Quand les dinosaures dominaient le monde) – 1970 – Val Guest






Je trouve cette adaptation plutôt rigolote ! Ou comment Irwin Allen parvient à faire un film qui tient le route avec des bouts de ficelle. On aurait pu espérer mieux pour cette première version parlante de The Lost World, mais au final on ne s’ennuie pas vraiment, avant de découvrir avec amusement ces pauvres reptiles grimés comme des gladiateurs. Un film d’aventures parfait pour occuper une soirée en tout cas.