The War of the Worlds (La Guerre des mondes) – 1953 – Byron Haskin
Je ne ferais pas l’affront de te repréciser de quoi il en retourne ici… bon allez, je vois que c’est nécessaire malgré le récent remake de Steven Spielberg. La guerre des mondes c’est l’arrivée des martiens, saloperies vertes et bourrées de tentacules, qui ont décidé de venir faire du camping sur Terre. Le souci c’est qu’il y a des choses bizarres qui y grouillent et qui sont dégueu : les humains. Ni une ni deux ils vont les exterminer. Ce canevas aujourd’hui classique était pourtant redoutable à l’époque où Wells l’a écrit, et pour ceux qui ne l’ont toujours pas fait, lisez ce roman très court, très percutant et éminemment moderne. La description de ces entités venues d’ailleurs aura eu un impact très fort sur la production littéraire et cinématographique, et l’on ne compte plus les descendants tentaculaires qui ont voulu envahir la Terre. On se rappellera que le facétieux et génial Welles (Orson de son prénom) avait fait un canular provoquant la pagaille aux States en comptant cette invasion sur les ondes de manière journalistique. Quel déconneur. D’ailleurs ce même Welles avait été invité à participer à cette adaptation de 53, mais a décliné l’offre ; pas assez cher mon fils. Cependant, peu rancuniers, les scénaristes intègreront deux personnages du show radio de Welles dans le film pour lui rendre hommage.
Côté acteurs, on aura des personnes ayant prospéré en leur temps mais n’ayant pas (modeste cinéphile que je suis) marqué suffisamment les mémoires pour que tout le monde s’extasie en citant leur nom. Amusant de constater que les têtes d’affiches ont été invitées dans la version de 2005 de Spielberg. Gene Barry va préférer par la suite jouer dans de multiples séries ou pour la télévision quand ce ne sera pas dans des cabarets (avec par exemple une participation à l’adaptation musicale de La Cage aux folles… héhé).
Ann Robinson, qui faisait partie du cercle d’or des nouvelles stars des années 50, ne trouvera pourtant aucun rôle principal suite à cette guerre des mondes. Il serait de bon ton de caler dans le tas les fameux relents propagandistes face à la menace rouge, après tout on est en plein dedans. Sales cocos rouges sous forme de tas de merdes verts? Pas convaincus, d’autant plus, chose rare et exceptionnelle aujourd’hui, c’est qu’il n’y a aucun discours main sur le cœur avec étendard aux couleurs des maîtres du monde claquant au vent en arrière plan. C’est fou non? Le film est mené sous l’angle de la pure science-fiction en retraçant brièvement le périple des martiens agonisant sur leur planète et ayant trouvé leur Shangri-La sur notre bonne vieille Terre. Rapide introduction pour une tout aussi rapide mise en situation d’agression. Le réalisateur nous a auparavant brossé quelques personnages principaux, grossièrement ceci dit mais le propos ne s’articule que peu autour de personnes pour se focaliser sur le déroulement de l’histoire.
Si au départ les décors type carton/décors amoindrissent l’intérêt tout en donnant un aspect délicieusement kitsch à l’ensemble, je dois avouer que ceux, tout aussi cartonesques, de la destruction de la ville sont très réussis. L’apocalypse et la destruction sont très bien rendues, tout en replaçant ça dans son contexte bien sûr, on est loin d’un Cloverfield…
Les E.T. sont aperçus fugacement, répugnantes choses aux bras tentaculaires se balladant dans des machines semant mort et destruction. On notera que les machines ne sont pas des tripodes, mais des soucoupes volantes. Le réalisateur a abandonné l’idée première de faire des faisceaux électriques sous les machines puisque le risque d’incendie était important… ça reste donc parfaitement ancré dans les visions d’époque. Une scène très pessimiste, hélas toujours valable quelque soit l’époque, démontre l’impuissance du scientifique à faire entendre raison à la plèbe livrée à l’anarchie. Vision d’une humanité livrée à la barbarie et contre laquelle la Science ne pourra rien faire… La survie de l’humanité dépendra de la Nature, puisque les microbes auront raison des extra terrestres là où a échoué la science. Doit-on y voir un signe de la mansuétude de Dieu vis-à-vis de sa création la plus foireuse? Certainement, puisque le narrateur nous expliquera que Dieu est à l’origine de tout ce qui est sur Terre (amis créationnistes bonjour!). Victoire du divin sur la science.
Très bon film de science-fiction, daté certes, mais non dénué de charme pour peu qu’on se laisse emporter dans l’ambiance des années cinquante. Plongée nostalgique dans les années d’après guerre où le seul souci était de savoir si une soucoupe volante viendrait foutre le binz dans une société américaine (en apparence) radieuse.
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