The White Buffalo (Le Bison blanc) – 1977 – J. Lee Thompson
S’il a œuvré dans quasiment tous les genres cinématographiques, comme l’attestent par exemple les films Les Canons de Navarone, Les Nerfs à vif, Allan Quatermain et les mines du roi Salomon, Le Temple d’or, La Conquête de la planète des singes, La Bataille de la planète des singes ou encore La Mort en rêve, le réalisateur britannique John Lee Thompson a également entretenu une relation professionnelle toute particulière avec l’acteur Charles Bronson.
Les deux hommes ont en effet débuté leur collaboration dans la seconde moitié des années 70, lors du tournage de Monsieur Saint-Ives, qui se prolongera durant plus de vingt ans au travers de productions comme Le Justicier braque les dealers, Le Messager de la mort, L’Enfer de la violence, Le Justicier de minuit, La Loi de Murphy, Kinjite, sujets tabous et le titre qui nous intéresse plus particulièrement ici : Le Bison blanc. Loin des films d’autodéfense, Charles Bronson renoue ici avec un autre genre qu’il affectionne particulièrement : le western.
Un western un peu particulier, puisque ce dernier fait intervenir un animal tueur, sous les traits d’un redoutable et gigantesque bison blanc. Pour l’anecdote, le film est produit par Dino de Laurentis, qui coup sur coup finance divers titres dédiés aux bestioles revanchardes avec son remake de King Kong, Le Bison blanc et Orca.
Basé sur le roman The White Buffalo de Richard Sale, que l’écrivain a lui-même adapté pour les besoins du film, John Lee Thompson s’entoure d’un casting masculin des plus convaincants pour nous offrir ce western atypique. En effet, aux côtés de Charles Bronson, nous retrouvons les acteurs Jack Warden (Harry Fox, le vieux renard, Shampoo, Le Ciel peut attendre, etc.), Will Sampson (Vol au-dessus d’un nid de coucou, Orca, Poltergeist II, etc.) ou encore Stuart Whitman (Les Rongeurs de l’apocalypse, The Cat Creature, Le Crocodile de la mort, Otages en péril, Guyana : la secte de l’Enfer, etc.) Une distribution plutôt virile donc, et ce n’est pas la présence anecdotique de la belle Kim Novac (Sueurs froides) qui risque de contrebalancer tout ça.
C’est vers la fin du 20e siècle que nous retrouvons alors les trois personnages principaux. Wild Bill Hickok et l’un de ses anciens compagnons de route Charlie « N’a qu’un oeil » Zane, qui se retrouvent et décident de traquer ensemble le dernier bison blanc, qui pour beaucoup n’est plus qu’une légende, et Crazy Horse, grand chef indien également sur la piste de la bête. Qu’ils dissimulent leurs noms ou surnoms en ce qui concerne les cowboys ou qu’ils en soient dépossédés, comme Crazy Horse devenu pour un temps Ver de terre, tous trois vont être amenés à former une alliance improbable, qui ne durera que le temps de cette chasse, et qui va les conduire sur les traces d’un gigantesque bison blanc qui erre dans les collines noires. Leurs motivations quant à cette chasse sont diverses. Pour Bill, il s’agit simplement de terrasser la bête qui hante ses cauchemars, pour Charlie, l’appât du gain est l’unique raison de cette aventure, alors que pour le chef déchu, cela lui permettra non seulement de regagner son titre, mais également de permettre à l’âme de son enfant de trouver le repos. Trois solitaires, qui une fois leurs identités révélées/retrouvées et le gigantesque bison abattu, reprendront ainsi leur route chacun de leur côté.
Le réalisateur dépeint ici une conquête de l’ouest loin des batailles et duels héroïques, chacun ici n’agit que pour son propre compte, et les intérêts personnels passent avant tout le reste, quitte à perdre pour cela une vieille amitié.
Un monde décrépi, sur lequel plane l’ombre de la guerre terrible qui oppose les Indiens aux hommes blancs venus prendre possession de leurs terres. Une région peu accueillante, en proie aux éléments comme la neige et la pluie, bien loin finalement des étendues désertiques et poussiéreuses auxquelles le genre nous avait habitués. Certaines images sont impressionnantes, comme l’attaque du village indien, ou les montagnes faites d’innombrables ossements de bisons, massacrés par l’Homme blanc. Un triste couloir d’os qui orne l’entrée de la ville, comme un trophée, un monument érigé par l’homme pour se conforter dans son rôle d’espèce dominante et prouver sa supériorité face à une nature sauvage. Cette peur de la « bestialité » est d’ailleurs représentée aussi bien par les animaux que les indiens, qui aux yeux des chercheurs d’or et autres cowboys ne valent guère mieux. Une situation qui n’est pas sans rappeler des titres sortis à la même époque comme Morsures ou dans une moindre mesure Prophecy.
Malgré un récit qui met un bon moment à se mettre en route, le film de John Lee Thompson n’en devient pourtant jamais ennuyeux. Wild Bill Hickok va croiser d’anciennes connaissances avec qui il a un compte à rendre, comme le capitaine Custer et ses hommes, ou d’autres qui ont également décidé de lui trouer la peau. Ce qui sera l’occasion pour le réalisateur de nous offrir quelques fusillades plutôt bien menées. S’il est le fil conducteur du récit, le terrifiant bison blanc n’est cependant pas l’élément principal du film. Ce dernier ne sera d’ailleurs vraiment actif qu’au début et la fin du film.
L’œil menaçant, les naseaux fumants, l’animal d’une taille peu habituelle fait preuve d’une puissance redoutable. Une véritable force de la nature dont la charge destructrice et mortelle fera de nombreuses victimes, et dotée d’un cri capable de provoquer des éboulements. L’attaque du village sioux démontre la férocité de la bête, qui décime en quelques minutes une grande partie des habitants, victimes de terribles blessures. Un animal que même des murs de roches ne peuvent arrêter. Le final n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’affrontement disproportionné entre le capitaine Achab et la baleine Moby Dick.
Si le montage de la première attaque parvient à faire illusion, les effets spéciaux sont loin d’être un des points forts du film. L’animal en lui-même est plutôt convaincant, même lors des plans rapprochés, mais malgré ses capacités d’animation (tout de même réduites, car seules la tête et les pattes bougent) et son aspect un peu moins monolithique que l’énorme sanglier sauvage de Razorback, l’animatronique souffre d’une marge de manœuvre peu réaliste. Les rails sur lesquels il se déplace réduisent considérablement les possibilités de mise en scène. Il en résulte donc des séquences répétitives et finalement assez peu impressionnantes malgré les efforts de montage du réalisateur. Heureusement, l’ambiance assez sombre du film, la bande sonore de John Barry, et la photographie qui donne un aspect fantastique à ces scènes, généralement nocturnes, permettent de se focaliser sur autre chose que les trucages perfectibles. Le bison blanc a été conçu par Carlo Rambaldi, déjà à l’origine des effets spéciaux désastreux du King Kong de 1976. Pourtant, l’homme collaborait ici avec Roy Downey, qui a d’ailleurs participé à de nombreux titres d’agressions animales comme Savage Harvest, Les Abeilles féroces et sa suite Terreur dans le ciel, Les Fourmis, L’Empire des fourmis géantes ou encore Tarantulas : cargo de la mort.
Tirant bien plus vers le western que vers le film de monstre, Le Bison blanc demeure un divertissement plutôt réussi. Une production assez sombre, qui dépeint une civilisation peu enviable au sein de laquelle les hommes se rattachent à ce qu’ils peuvent, une façon pour eux de donner un sens à leur existence individualiste, quel que soit le but qu’ils se sont fixé. Un aperçu de ce qu’allaient finalement devenir le pays et ses citoyens anonymes, perdus et invisibles au milieu de la foule qui hante les rues des mégalopoles. De même, la haine qui les oppose aux Indiens autant qu’à la nature a finalement bien plus d’importance dans le récit que le fameux bison blanc. Malgré ses défauts, essentiellement au niveau des effets spéciaux et de certains décors studios pas toujours très réalistes, John Lee Thompson livre avec Le Bison blanc un western original, lorgnant vers le fantastique, ce qui est assez rare pour être souligné. Dommage par ailleurs que cette période de l’histoire n’intéresse pas plus les réalisateurs, car les films de croque qui s’y déroulent se comptent sur les doigts d’une main… À placer sur vos étagères entre La Nuit du grizzly, le fabuleux La vallée de Gwangi et le récent Copperhead.
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