To Kill a Clown (Doberkiller) – 1972 – George Bloomfield
Sorti au début des années 70, To Kill a Clown a traversé l’atlantique pour se retrouver distribué en France au travers de deux éditions différentes. Si l’éditeur RCV, qui a choisi de retitrer le film La Mort du clown, propose une jaquette et un résumé (disponible ci-dessus) en parfait accord avec l’édition américaine, d’autres personnes peu scrupuleuses n’hésitèrent pas à faire passer le film pour ce qu’il n’est pas. Media Home Entertainment renomme en effet le film Doberkiller, affuble celui-ci d’une jaquette autrement plus agressive, et propose le synopsis suivant :
« Un ancien du Vietnam règne en maître sanguinaire sur les terres sauvages d’une petite île isolée. Ses seules compagnies sont un serviteur sourd-muet et deux monstrueux dobermans dressés pour tuer. Un couple vient échouer sur l’île. Au travers d’un dédale effroyable, ils essaieront d’échapper à la folie furieuse du maître des lieux, « Seigneur de la guerre » n’ayant qu’une seule et véritable passion : la « chasse à l’homme »… »
Une présentation mensongère qui nous donne en partie l’impression que l’on va assister à une relecture musclée et sanglante de La Chasse du comte Zaroff, ce qui est loin d’être le cas.
Basé sur une nouvelle de l’écrivain américain Algis Budrys, intitulée The Master of the Hounds, La Mort du Clown est réalisé par George Bloomfield, qui a travaillé entre autres pour des séries comme Le Ranch de l’espoir ou Tandem de choc. L’homme a également signé un des épisodes de la série télévisée Vendredi 13, Coven of Darkness.
Le récit de La Mort du Clown se focalise donc dans un premier temps sur le couple de Timothy et Lily, qui essaient tant bien que mal à donner une nouvelle impulsion à leur liaison. Leur mode de vie un peu dissolu, et le fait que le mari soit un artiste (au sens large du terme) et un hippie qui prend tout à la cool et à la rigolade auront vite fait d’agacer le propriétaire envahissant, militaire infirme rescapé de la guerre du Vietnam, accablé par la solitude. Lors d’une soirée très alcoolisée, celui-ci lance un défi à Timothy en lui proposant un jeu. Le « jeu du prisonnier ». Le lendemain matin, aux premières heures du jour et malgré sa gueule de bois, Timothy est réveillé par le Major Ritchie, qui compte bien le mettre au pas. C’est le sourire aux lèvres que Timothy entame sa première longue journée de labeur, condamné à déplacer de lourdes pierres d’un point à un autre sous un soleil de plomb. Tout ceci va se dérouler sous les yeux perçants du doberman chargé de le surveiller, qui le suit partout telle son ombre.
Pendant ce temps, le major Evelyn Ritchie passe de plus en plus de temps avec Lily, et ressasse de plus en plus ses souvenirs de la guerre, qui auront tôt fait de lui faire perdre la raison. Avec une certaine préméditation, celui-ci va entrer chez les mariés, afin d’enlever tout ce qui pourrait servir d’arme de défense, puis va subtiliser la voiture de ces derniers, qui se retrouvent alors piégés sur l’île. À la merci de l’homme et de ses deux dobermans, chiens de garde redoutables également dressés pour tuer en cas de besoin… Cloitrés dans leur maison, Timothy et Lily vont alors devoir obéir aux désirs du maître des lieux, tout en réfléchissant à une échappatoire possible…
George Bloomfield délivre avec La Mort du clown un film qui s’avère plutôt intéressant, un choc des cultures entre deux jeunes hippies délurés et un militariste rongé par sa solitude et ses terribles souvenirs. Dommage que le récit fasse preuve de quelques incohérences et soit ébranlé par de nombreux raccourcis.
En effet, certains personnages secondaires et éléments scénaristiques ne sont absolument pas exploités par le réalisateur, et tous les évènements semblent s’enchainer sans véritable fil conducteur, et ce, jusqu’au final des plus abruptes. À ce sujet, l’Imdb annonce une durée de 104 minutes, alors que les deux VHS françaises et l’américaine proposent toutes une durée de 82 minutes… s’agit-il d’une erreur ou existe-t-il une version non cut du film qui résoudrait ces quelques problèmes de continuité ?
Le décor unique et désertique, le casting réduit à son strict minimum, c’est-à-dire trois acteurs et une poignée de figurants, font que le budget réduit alloué à la production ne nuit aucunement au film. Il en résulte même une ambiance pesante plutôt réussie, cependant tempérée par une bande-son et certaines situations que l’on pourrait presque qualifier de psychédéliques.
Les acteurs sont par contre des plus convaincants. Alan Alda, le capitaine Benjamin Franklin Pierce de la série M.A.S.H. partage donc l’écran avec la belle Blythe Danner et Heath Lamberts, dont les carrières n’auront jamais vraiment décollées.
Véritables gardiens de l’île, les dobermans occupent une place non négligeable dans cette histoire, et c’est tout au long du récit que plane leur ombre menaçante. Une dangerosité qui est à mettre sur le compte de leur maître, auquel ils obéissent au doigt et à l’œil. Les deux séquences d’attaque sont d’ailleurs des plus réussies, et les morsures sont douloureuses. Les chiens font preuve d’une grande férocité, ce que le réalisateur parvient bien à retranscrire à l’image.
Avec La Mort du clown, George Bloomfield livre une production à l’ambiance étrange, teintée de folie, à l’interprétation et aux dialogues réussis. Cette cohabitation impossible entre des personnes que tout oppose, et la folie qui gagne peu à peu le major Ritchie, héros rescapé de la guerre du Vietnam, sont les principaux intérêts de ce film qui se rapproche finalement bien plus du thriller psychologique que du film d’agressions animales. Malheureusement, l’ensemble est en partie gâché par un montage approximatif et la sensation irritante d’assister à un film inachevé.
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