Werewolves on Wheels – 1971 – Michel Levesque
Sorti durant la folle période des années 70 alors que les films d’exploitations débarquaient de tous les côtés, osant les mélanges de genres les plus improbables et des relectures de classique à la sauce bis (comprendre souvent parsemées de sexe, de drogue et touchant à des thèmes parfois considérés comme plus ou moins tabou : nonnes lubriques, tortures nazies, etc), Werewolves on Wheels est un film à la fois atypique et sympathique malgré son titre un peu mensonger puisqu’il faudra attendre les dernières minutes pour enfin voir des loups-garous.
Werewolves on Wheels est réalisé par Michel Levesque, réalisateur ayant travaillé avec des personnages hauts en couleurs tel Russ Meyer ou encore Don Edmonds, dont la principale influence ici demeure bien évidemment les biker movies, ou bikesploitation, comme Easy Rider et toute la lignée de titres engendrés par le succès justifié de ce dernier. A ce titre on peut d’ailleurs souligner que le producteur du film de Dennis Hooper, Paul Lewis, occupe le même poste ici, ainsi que sur Hells Angels on Wheels sorti quelques années plus tôt. Néanmoins, la production de Levesque se rapprocherait plus de Psychomania, notamment grâce aux quelques éléments occultes dont il y est question, car il ne faut pas oublier que les films ayant pour fond le satanisme sous toutes ses formes commençaient à devenir très en vogue à cette époque. De Rosemary’s Baby à The Brotherhood of Satan en passant par I Drink Your Blood, le thème n’épargnait aucun type de productions, qu’elles soient indépendantes ou non, même si le véritable raz de marée ne viendra réellement que quelques années plus tard avec les sorties de The Exorcist ou de The Omen.
Il n’est donc guère étonnant de retrouver ce sujet ici, traité de la manière la plus banale possible, auquel est ajouté un loup-garou, histoire d’inclure un monstre au scénario et d’attirer ainsi un public plus large. Et quitte à en choisir un, autant qu’il soit en adéquation avec le monde viril des motards graisseux imbibés de bière, donc un loup-garou fera très bien l’affaire.
Malgré ces multiples influences pas toujours justifiées, le récit tient pourtant bien la route et ne s’avère jamais ennuyeux pour peu qu’on se laisse prendre au jeu, car c’est vrai que ce qui se déroule à l’écran n’est pas des plus palpitant, mais regarder nos motards vivrent au jour le jour, vivant d’alcool de sexe et de bagarres sans se soucier de quoique ce soit n’est pas des plus déplaisants.
Si les films mettant en scène des bikers fleurissaient alors sur les écrans, difficile de ne pas évoquer le parallèle avec la littérature dite pulp de ces années là, puisqu’en 1971 sortait également le roman Chopper de Peter Cave, lançant ainsi un cycle de romans très nihilistes sur les Hell’s Angels (bien que certains titres précèdent cette date, comme The Sex and Savagery of Hell’s Angels en 1967 ou encore Blood Cirus paru un an plus tard) qui durera près de quatre ans, publiés par la New English Library et dont le succès aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne ne s’est pas fait attendre.
On suit donc avec plaisir les péripéties de ce gang plutôt violent des barbus aux cheveux hirsutes qui arpentent les routes à la recherche d’aventures et de bastons. L’ambiance est des plus réaliste, exceptés les acteurs principaux et quelques cascadeurs, tous les motards sont bien réels et semblent prendre un certain plaisir à tourner. Le chef du gang est joué par Steve Olivier, aperçu auparavant dans Motor Psycho ou encore Angels from Hell, et qui finira même par faire une apparition dans la série télévisée CHiPs (c’est dire s’il aime les motos :p), et le reste du casting ne s’en sort pas trop mal pour ce qu’on leur demande de faire en tout cas : rouler à moto, boire des bières et réciter trois lignes de dialogue.
Un déroulement des plus traditionnels donc, jusqu’au quinze dernières minutes qui virent dans le fantastique, avec l’apparition du loup-garou tueur. Mais le monstre n’est pas là par hasard, car entre temps, les motards se sont arrêtés dans un monastère, séquence d’ailleurs très réussie, le réalisateur parvenant à retransmettre ce qui se trame derrière les murs où vivent en reclus d’étranges moines de manière très intrigante. Plutôt accueillants, les religieux n’hésitent pas une seconde à abreuver les bikers de vin, qui s’avèrera être drogué. Une fois que tout le monde roupille, ils en profitent pour débuter un rituel, durant lequel doit être sacrifiée Helene, qui pour le moment danse nue avec un serpent à la main. Réveillés, les motards vont interrompre la cérémonie et casser la gueule à tous les moines avant de s’enfuir, mais une malédiction est tout de même lancée… Toutes les nuits Helene va donc se transformer en monstre assoiffé de sang, se nourrissant de ses compagnons que l’on découvre en piteux état au petit matin. Elle va d’ailleurs en profiter pour refiler la malédiction à Adam, son petit ami, histoire de se sentir moins seule dans le monde des lycanthropes.
Les effets spéciaux, c’est-à-dire quelques maquillages saignants et giclées sanguinolentes sont assez convaincants, ce qui n’est par contre pas le cas des masques de loup-garou, qui sont des plus classiques et moins effrayants que la plupart de ceux que l’on peut apercevoir dans des films de la même période comme celui de La Noche de Walpurgis par exemple. Malgré un final assez décevant et moins travaillé que le reste, Werewolves on Wheels n’est vraiment pas déplaisant à suivre, à condition de ne pas venir chercher ici une série B fun et bien bourrine ou un fleuron sauvage et burné du genre bikersploitation, auquel cas mieux vaut se tourner vers la multitude d’autres titres disponibles pour y faire son choix. Pas question non plus de se plonger dans une « vraie » production liée aux loups-garous (à la Hurlements, Le Loup-garou de Londres, etc), mais l’ensemble est suffisamment bien ficelé pour nous faire passer un agréable moment. Une petite curiosité à découvrir, à rapprocher sans doute de The Werewolf of Woodstock dans cet étonnant monde des films d’exploitation !
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