White Dog (Dressé pour tuer) – 1982 – Samuel Fuller
Adapté du roman Chien blanc de Romain Gary, Dressé pour tuer est un film qui traîne depuis sa sortie une réputation assez sulfureuse. Interdit de sortie en salle dans quelques pays, injustement taxé de film à caractère raciste avant même qu’il soit terminé, remonté de façon sauvage ôtant ainsi tout l’intérêt du film original… il est malheureusement encore difficile de le voir sur nos écran actuellement, ce qui est d’autant plus dommage que Samuel Fuller (Shark!, The Klansman, The Naked Kiss…) signe ici l’un de ses derniers grands films, et ce, malgré quelques éléments traités de manière un peu trop simpliste et caricaturale.
A noter qu’avant que Fuller ne se retrouve aux commandes de Dressé pour tuer, d’autres personnes avaient été envisagés par la Paramount pour réaliser ce projet, comme Arthur Penn et surtout Roman Polanski.
Parmi les nombreux films mettant en scène des attaques de chiens, Dressé pour tuer est un film à part. Il n’est absolument pas question ici d’un chien génétiquement modifié, enragé, démoniaque ou encore de molosses entrainés par l’armée, mais bel et bien d’un animal agressif, qui ne doit son comportement qu’à une volonté et une intervention humaine. Le sujet abordé ici est évidemment plus « sensible » que ceux des titres précités, mais Samuel Fuller parvient de belle manière, sans sombrer dans la facilité ou la mièvrerie, à nous impliquer dans cette histoire de chien dressé pour attaquer et tuer des personnes de couleur noire.
La première partie du film nous montre les liens qui se tissent entre Julie Sawyer (Kristy McNichol, parfaite et très touchante dans son rôle) et le chien blessé qu’elle a décidé d’adopter, notamment au cours d’une scène de viol durant laquelle l’animal va sauvagement mettre en déroute l’agresseur de sa nouvelle maîtresse.
C’est pourquoi, quand elle va découvrir avec horreur que l’animal a été dressé pour attaquer, et qu’ensuite elle apprenne que seuls les personnes noires sont concernées par ces excès de férocité, elle va tout faire pour que le chien perde cette agressivité. Pour cela, elle le confie à Keys (Paul Winfield), lui-même noir qui va tenter, non sans peine, de dresser à nouveau l’animal… pourtant c’est pas une mauviette Keys, tel Rahan il choppe des lionnes à mains nues et s’occupe d’animaux sauvages autrement plus dangereux qu’un chien.
Dressé pour tuer possède une vraie hargne qui se ressent véritablement lors de sa vision. La mise en scène est rythmée, les séquences d’attaques impitoyables, et l’ensemble est soutenu par une superbe musique d’Ennio Morricone, proposant une tonalité très dramatique qui dessert vraiment les images tout en gardant un aspect assez incisif. Le chien impressionne vraiment par sa férocité, l’animal utilisé dans le film, un Berger blanc Suisse, parvient sans problème à nous effrayer, il n’y a qu’a regarder les photos ou les affiches pour s’en assurer. Le travail du réalisateur et des dresseurs porte vraiment ses fruits à l’écran. Certains passages sont très réussis, comme celui de la rééducation du chien, qui comporte son lot de scènes à la fois sauvages et fascinantes, ou les attaques dans la ville, peu nombreuses mais efficaces et bien mises en valeur. La confrontation de Julie Sawyer avec la « vraie » famille du chien, qui ressemble sans doute à tout sauf ce qu’elle en attendait, est également un des moments forts de Dressé pour tuer, tout comme le final vraiment surprenant…
White Dog, qui est le nom utilisé pour nommer les chiens ainsi dressés aux États-Unis, ce qui n’a donc rien à voir avec la couleur du chien utilisé dans le film (qui à mon avis est présente de manière plutôt symbolique, afin d’augmenter le contraste entre l’agresseur et les victimes, mais sans doute aussi de façon à rendre le film plus violent car du sang sur un pelage noir ça ne ressort pas vraiment à l’écran), est un excellent film, qui traite de belle manière et de façon originale un sujet assez sensible et qui a également de quoi satisfaire les amateurs de films d’agressions animales.
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Quelques mots sur le roman de Romain Gary sur lequel s’appuie le film de Fuller, qui finalement ne s’attarde qu’assez peu sur l’animal en lui-même ainsi que sur ses agissements. L’élément reste important, déclencheur en quelque sorte de tout ce qui va tourner autour du personnage principal, mais noyé dans une problématique bien plus vaste concernant le problème du racisme que Romain Gary expose tout au long de son récit. Fuller va en effet se focaliser sur l’animal, bien plus agressif que dans l’ouvrage.
A noter que Samuel Fuller à dédié son film à Romain Gary, et que les deux personnages sont un peu responsables de la naissance du livre de Gary, au travers de quelques expériences échangées verbalement à l’époque ou ils s’étaient connus, demeurant par la suite des amis assez proches. Si l’animal prend alors un rôle secondaire, il sera quand même présent tout au long de l’ouvrage, étant donné qu’un dresseur noir se charge de le rééduquer, élément qui est lui devenu le fil conducteur du film. Pas de véritables attaques à se mettre sous la dent dans le livre donc, l’amateur de romans d’agressions animales n’y trouvera sans doute pas son compte, mais le style de l’auteur parvient aisément à captiver le lecteur. Sa vision critique et cynique du sujet est assez amusante à lire, tout le monde en prend pour son grade, et les différents points de vues sont abordés de manière assez habile.Un livre à découvrir donc, qui permettra aux amateurs du film d’ancrer ce dernier dans une description réaliste de l’environnement social et politique de l’époque. Les deux oeuvres se complètent de belle manière au final, même si l’amateur pur et dur de croquages sanguinolents risque d’être un peu désemparé par le livre de Romain gary.