Bug (Les Insectes de feu) – 1975 – Jeannot Szwarc
Quelques années avant de surprendre les spectateurs avec son excellent Les Dents de la mer 2, production qui précèdera d’ailleurs une carrière bien remplie dans laquelle les réussites cinématographiques sont nombreuses, Jeannot Szwarc réalisa le troublant Bug. Une histoire étrange et inquiétante qui sous couvert de débuter comme un film catastrophe assez classique, va rapidement verser dans une voie autrement plus sombre, teintée de folie mystique et d’expériences scientifiques, saupoudrée bien entendu de quelques attaques meurtrières.
Basé sur un roman de Thomas Page, intitulée The Hephaestus Plague, le scénario de Bug à été écrit par William Castle, producteur du célèbre et effrayant Rosemary’s Baby. Malgré quelques scissions un peu abruptes dans le script, que je ne peux malheureusement pas comparer au texte de Page, le réalisateur parvient à nous maintenir en haleine jusqu’à la fin curieuse de ce récit. Sorti en même temps que Les Dents de la mer sur les écrans durant l’été 1975 et malgré l’effervescence qu’engendrait alors le monument de Spielberg, les producteurs ne s’y tromperont pas en choisissant Szwarc, réalisateur hors pair, pour donner une suite à cette terreur des mers initiée par le grand blanc nommé Bruce. Mais revenons à Bug, qui s’inscrit plutôt dans la lignée du fabuleux et hypnotique Phase IV de Saul Blass à travers son ton réaliste et son approche scientifique assez poussée.
Le film débute pourtant comme n’importe quel film catastrophe, qui pullulaient d’ailleurs durant cette décennie, la terre tremble et s’ouvre bruyamment, déversant de ses entrailles des légions d’énorme cafards d’une espèce inconnue, ayant entre autre la particularité de cracher des flammes via leur abdomen. Ne se nourrissant que de carbone, doté d’une motricité réduite et d’un organisme ne leur permettant pas de survivre trop longtemps à la pression de l’atmosphère terrestre, ces derniers vont pourtant mettre la ville la plus proche à feu et à sang, avant de s’éteindre aussi vite qu’ils sont venus. Relativement peu impressionnante, cette courte partie du film n’apporte pas grand-chose à la suite du récit, si ce n’est de montrer les dégâts impressionnants dont sont capables ces insectes, quelques victimes humaines et un chat en feront d’ailleurs les frais en dehors des destructions matérielles.
Le professeur d’Université James Parmiter va pourtant isoler et conserver dans un appareil construit par un de ses anciens élèves un spécimen ayant survécu. Assemblage archaïque nous rappelant avec amusement les machineries kitsch et diaboliques des productions de science fiction des années 50, ce dispositif de pressurisation va alors lui permettre de mener à bien diverses expériences, dont le but principal est la survie de l’espèce.
Afin d’arriver à ses fins, Parmiter va s’isoler de son entourage, laissant de côté son travail, ne répondant plus au téléphone, négligeant sa toilette et plus généralement sa santé, ce dernier va consacrer tout son temps à son laboratoire improvisé dans une ferme isolée. Perdant peu à peu la tête, il va pourtant parvenir à faire procréer une espèce mutante, issue d’un croisement entre l’insecte d’origine inconnue et une espèce de cafards plus commune. Mais ses espérances seront vite plus que comblées, la nouvelle lignée se montrant particulièrement étrange. Outre leur capacité à vivre sans problème dans notre environnement, les insectes vont développer une intelligence collective effrayante et montrer un appétit vorace pour la chair crue. Ne pouvant pas en dire plus afin de ne pas gâcher la vision du film, certains comportements des cancrelats auxquels nous assistons sont réellement dérangeants. Parmiter va alors retrouver un semblant de lucidité et vouloir détruire sa création, mais il est trop tard, on ne joue pas avec les lois de la nature, et les cafards mutants ne l’entendent pas de cette manière…
Si le film ne propose que quelques scènes d’attaques, qui sont globalement réussies, la phobie très répandue chez les gens envers ces insectes y jouant sans doute pour beaucoup, ce sont plus particulièrement les passages nous montrant l’évolution rapide de cette nouvelle espèce et la lente dégradation mentale du professeur Parmiter qui retiennent notre attention. La prestation de Bradford Dillman, déjà aperçu dans Chosen Survivors et que l’on retrouvera quelques années plus tard dans Piranha ou encore L’Inévitable catastrophe, est tout simplement fabuleuse. L’acteur semble réellement habiter son rôle, et à la manière d’un Bruce Davison dans Willard porte véritablement le film sur ses épaules. Terriblement crédible dans son rôle de savant fou qui en vient même à se prendre pour une déité nouvelle, son ascension sera pourtant stoppée de manière abrupte, et d’ailleurs assez incompréhensible, lors d’un final que j’ai toujours du mal à saisir.
Les effets spéciaux sont de bonnes factures dans la plupart des scènes, les rares agressions sont à ce titre assez réussies, rampant sur la peau et venant se nourrir telles des sangsues ou carboniser les victimes, les cafards sont utilisés à bon escient, surtout qu’ils sont gros comme un pouce de bûcheron canadien. Mais c’est surtout la mise en image des insectes qui demeure impressionnante. Il n’est d’ailleurs pas étonnant de retrouver derrière ces images Ken Middleham, dont on a pu admirer les prouesses dans le superbe Phase IV ou encore l’excellent documentaire Des insectes et des hommes. Mis en valeur d’une telle manière, les insectes en deviennent fascinants, et bien plus effrayants bien entendu. Il est vraiment dommage qu’autant d’efforts soient gâchés par la fin du film. Soudaine et difficilement interprétable, cette dernière est surtout desservie par des effets spéciaux lamentables, dignes de ceux d’une série B fauchée comme Mosquito.
Bug est une production à part, qui pourra paraître comme molassone et ridicule à certains, mais qui pour d’autres sera tout bonnement captivante et dérangeante. Un film à découvrir dans tous les cas, nous rappelant encore une fois que les années 70 étaient un vivier sans fond pour tous les genres cinématographiques, où le pire côtoyait le meilleur, laissant en tout cas libre court à toutes les idées, même les plus farfelues ou écoeurantes.
À découvrir également :
- Jaws 2 (Les Dents de la mer 2) – 1978 – Jeannot Szwarc
- The Hellstrom Chronicle (Des Insectes et des hommes) – 1971 – Walon Green & Ed Spiegel
- Monster Island (L’Ile des insectes mutants) – 2004 – Jack Perez
- Infested (Infested : l’invasion des insectes tueurs) – 2002 – Josh Olson
- Jaws (Les Dents de la mer) – 1975 – Steven Spielberg








Revu hier (DVD zone 1). Même si je n’ai pas boudé mon plaisir de revoir ce film 70s’ que j’avais découvert étant petit, en projection MJC, il faut bien avouer que c’est un nanar mal fichu. Le budget est fauché de chez fauché et ça se voit ! A part une petite scène catastrophe étrangement placée en début de film, le reste va surtout se servir de votre imagination… Peu d’insectes, peu de scènes chocs, peu de suspense… Le rythme du film va décroissant, jusqu’à une fin plutôt bâclée.
Je m’attendais à mieux. En tout cas, la bande-annonce et l’affiche originale demeurent, elles, exceptionnelles !