Carnosaur – 1993 – Adam Simon
Cinéaste habile, prolifique et opportuniste comme pas deux, Roger Corman est à l’heure actuel l’homme ayant le plus grand nombre de séries b à son actif (Piranha, Dinocroc, Attack of the crab monsters, Humanoïds from the deep, Raptor, Warlock, La Petite boutique des horreurs, tout ça vient de chez lui). Carnosaur et ses suites font partie de la vague dinosaurienne lancée par Spielberg et ses Jurassic Park. Si l’on excepte les dinosaures et la manipulation génético-paléontologique, ce Carnosaur n’entretient aucun rapport avec l’actuel trilogie consensuelle du père de Jaws. Teinté d’écologisme tournée en dérision, cette mini-production fauchée se révèle bien plus efficace qu’on était en droit de le supposer. Ce qui surprend avant tout, c’est son côté pessimiste : les dinosaures ont été ramenés à la vie pour enrayer l’humanité, que la « méchante » scientifique de l’histoire se plait à classifier comme une gangrène parasitaire (si l’on fait preuve de lucidité, on ne peut lui donner tort).
D’ailleurs, le générique nous offre un aperçu détaillé du quotidien d’un abattoir (qui veut du poulet ?) tout en nous expliquant vocalement les diverses manipulations effectuées sur volatiles et reptiles dans le but de ressusciter les dinosaures. Pour être plus clair, on inocule des gènes préhistoriques dans les veines de la volaille, et on fait bouffer le tout à la population, et cela même à leur insu.
Résultat, les femelles tombent brusquement enceinte et accouchent d’œufs de raptors… Cette dernière phrase peut vous paraître complètement grandiloquente. Mais je vous invite à visionner au moins une fois cette petite production, infiniment moins conne que le titre le laisse supposer (je peux pas en dire autant de Carnosaur 2 et 3, inégaux et stupides, voir misogyne pour le dernier). Maintenant, venons en aux dinosaures. Sur ce point, les scénaristes ne se sont pas casser le cul. « On reprend le raptor et le T-rex, les deux icônes principales de Jurassic Park, et la boucle est bouclé ». Justement, le raptor, qui assume la quasi-totalité du bestiaire (le T-rex n’intervient que tardivement), est une ersatz balourde des reptiles acrobatiques de Spielberg. En ce qui concerne les effets spéciaux, on est plus proche de Nu image que ILM. Mais le réalisateur compense ce manque de moyens par de (très) nombreuses scènes d’attaques. Morphologiquement, le gros raptor manque de crédibilité tant sa conception fait amateur, mais il taille dans le lard quand il s’agit de passer à table, et il n’y va pas avec le dos de la cueillere (même en rendant son dernier souffle, il emportera son bourreau avec lui).
Côté casting humain, on retrouve dans le rôle de la scientifique démente et clairvoyante Diane Ladd (Kingdom Hospital, 28 jours en sursis), actrice ayant plus de 20 récompenses à son actif. En guise de héro du sexe masculin, le beau rôle échoue à Raphael Sbarge (un récurrent des séries tv, entre autres Les Experts, Charmed, Le Caméléon), qui interprète sobrement un gardien de chantier geignard et alcoolo qui peut pas aligner trois mots sans brandir son fusil de chasse. Les autres acteurs s’en tirent bien, loin des archétypes proprets et irréprochables des productions de ce genre. Ils sont là pour gagner leur croûte et la plupart finiront au tableau de chasse des prédateurs (les hommes en gueuletons, les femmes en mères porteuses). En guise d’épilogue, le réalisateur nous épargne le happy-end classique et conclut son film d’une manière que n’aurait pas renié George Romero (inutile de le présenter) et nous confirme le discours moralisateur de Diane Ladd sur la cruauté de l’homme, radical et expéditif dans ses agissements.
En tant que cinéphile averti, je conseille ce tvfilm à tous les accrocs qui ne l’ont pas encore vu. Ce n’est pas un chef d’œuvre, mais cette petite série b est de loin l’une des plus innovantes qu’il m’ait été donné de voir. Euh… en fait si, c’est un chef d’oeuvre du domaine de la série b.
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Un « Jurassic Park » plus saignant, voici Carnosaur… Bien mais sans plus car le scénario est simplissime, les CGI monstrueusement moches (enfin j’ai vu pire donc on va pas trop boudé) mais les scènes gores sont tout de même réussites. Note : 5/10.