Deep Space (L’Invasion des cocons) – 1988 – Fred Olen Ray
Réalisateur, producteur et scénariste très prolifique de productions à petit budget, Fred Olen Ray (Dinosaur Island, L’Attaque des fourmis géantes, Tomb of the Werewolf, Face aux serpents, etc.) a, au cours de sa carrière, touché à quasiment tous les genres cinématographiques. Une filmographie bien plus impressionnante quantitativement que qualitativement, dans laquelle on peut tout de même noter une certaine attirance pour les filles peu vêtues (voire pas du tout !). Assez opportuniste, celui-ci n’hésite jamais à profiter des succès du box-office, qui engendrent généralement dans leurs sillages bon nombre de productions tournées à la va-vite, avec des budgets dérisoires, mais qui peuvent selon les cas s’avérer très rentables. Durant les années 80, des films comme Alien – le huitième passager, The Thing, Abyss ou encore Predator allaient influencer de nombreux producteurs, scénaristes et réalisateurs, dont Fred Olen Ray. Ce dernier va donc réaliser diverses productions comme Alien Dead, Biohazard, Evil Spawn et celui qui nous intéresse ici Deep Space, plus connu chez nous sous le titre L’Invasion des cocons.
Cette petite série B peu inventive plagie à peu près tout ce qui a pu sortir dans le genre durant la même période, Alien et sa suite en tête, même si avant tout nous pouvons voir ici une relecture un peu plus friquée de Biohazard, également réalisée par Fred Ray quelques mois plus tôt, qui offre un récit très similaire. Bénéficiant d’un budget deux fois plus conséquent, le réalisateur tente ici de corriger les défauts de Biohazard, notamment l’aspect cheap de ce dernier, ce qu’il réussit en partie et se ressent à l’écran, le costume du monstre peut à lui seul en attester. Et c’est avec un certain humour que le réalisateur s’attaque donc à cette énième histoire d’extraterrestre belliqueux.
Pour cela, Fred Olen Ray s’entoure d’un casting assez agréable, et c’est avec plaisir que l’on retrouve le sympathique Charles Napier (Dinocroc, Alien la créature des abysses, Skeeter, Body Bags, Supervixens, Rambo 2, etc.) dans le rôle de l’inspecteur bourrin et bourru, alors que sa conquête féminine est interprétée par Ann Turkel (Les Monstres de la mer).
Le reste de la distribution nous fait recroiser des noms comme ceux de Bo Svenson (La Morsure, Fureur Primitive, Snowbeast, et aperçu plus récemment dans Kill Bill: Volume 2), Ron Glass (Barney Miller, Firefly, etc.) et quelques autres seconds couteaux comme James Booth et son rôle stéréotypé de savant fou, « père » de la créature. Les personnages ne sont guère travaillés et d’aspect très caricatural, mais cela passe à peu près vu le ton général du film. Bien qu’assez présent, l’humour ne permet malheureusement pas de pouvoir faire l’impasse sur quelques-unes des nombreuses faiblesses du film. Les réactions de ces mêmes protagonistes sont souvent absurdes, et les dialogues qu’ils récitent avec bien peu de conviction sont loin d’êtres des modèles du genre.
Les décors sont minimalistes, la mise en scène paresseuse, Fred Olen Ray ne se prive d’ailleurs pas pour plagier certaines séquences qui renvoient directement à l’Alien de Ridley Scott, et les effets spéciaux plutôt rares sont par contre assez convaincants.
Niveau gore, L’Invasion des cocons est plutôt sage, les mises à mort se déroulent généralement hors-champ, et on aperçoit au mieux une tête et quelques membres tranchés qui gisent sur le sol, ainsi que de grossières giclées de sang sur les murs qui paraissent bien peu crédibles.
Les créatures sont par contre nettement plus réussies, bien qu’un peu rigides. Celles-ci ont été créées par Steve Patino, qui a travaillé sur des films comme Transmutations, Predator, M.A.L. : Mutant aquatique en liberté ou encore Pumpkinhead. Elles grandissent dans des cocons, à partir desquels elles peuvent tout de même attraper des proies via des tentacules, avant d’en sortir et de ressembler à… un simili-alien pour la plus grosse, et à des Facehuggers pour les petites. La créature mère ressemble étrangement au Xénomorphe imaginé par H.R. Giger, en version bedonnante (ce qui explique sans doute sa relative rigidité), bien qu’ici elle soit dotée de 4 bras griffus, affublée d’une vilaine dentition qui rappelle celle du monstre de The Deadly Spawn (et s’ils étaient simplement venus chercher un dentiste sur Terre ?), et de tentacules en plastique, appendices dangereux qui ne sont pas sans rappeler ceux des extraterrestres des films The Thing ou Breeders par exemple.
Un manque d’originalité que l’on retrouve également dans le scénario, avec par exemple la révélation du film, là ou McLemore comprend tout, alors que chez lui Carla qui regarde le cocon dit « Ce machin ressemble à un œuf de cafard gigantesque. » Par chance, un des amis de McLemore est spécialisé dans l’extermination des blattes, et ça tombe plutôt bien puisque ce dernier vient de mettre au point un gaz particulièrement efficace. Sinon, nous assistons à une chasse au monstre des plus classiques, pas très rythmée, un peu bavarde et assez avare en séquences sanglantes, mais gratifiée d’un final un jouissif tant il est excessif. La créature va devoir faire face à de nombreuses armes à feu, des coups de hache, une barre de fer en guise de cure-dent, un puissant insecticide, et une lame de tronçonneuse. Rien que ça ! Malgré de nombreux défauts et le fait qu’il ait pris un petit coup de vieux, L’Invasion des cocons est un divertissement plutôt honnête, qui procure de nombreux sourires en partie grâce à un humour volontaire sympathique, ainsi qu’a de nombreux détails ou clichés pas vraiment délibérés de la part de Fred Olen Ray. Les frissons sont rares, mais pas inexistants, et au final L’Invasion des cocons dégage un petit charme qui n’est pas sans rappeler certaines petites productions à la Roger Corman. Bien plus réussi quEvil Spawn ou Biohazard, Fred Olen Ray‘ nous livre avec Deep Space l’un des meilleurs moins mauvais films.
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