La Bête du Gévaudan – 2003 – Patrick Volson
Avec sa réputation de gros carnassier, le loup est loin d’être un animal aimé des hommes. En tant que représentant de la nature sauvage, sur laquelle l’homme n’a que peu de prise, le loup fascine autant qu’il effraie, et sera malgré lui victime d’une extermination de masse. Le loup n’a pourtant pas toujours véhiculé une image négative, bien que cette dernière ait finalement pris le dessus au fil des siècles, en partie à cause du folklore qui s’établissait autour de sa réputation. Une réputation usurpée, due à la méconnaissance de l’espèce par les hommes. Ces derniers ne voient dans le loup qu’un rival, vestige d’un monde sauvage et primitif qui ne correspond pas selon-eux à l’expansion de la civilisation humaine, et qui est à l’origine de nombreux problèmes liés à la forte croissance de l’agriculture et de la domestication.
Diabolisé par la religion chrétienne, inspirant la peur dans les contes (Le petit chaperon rouge pour ne citer que le plus connu), associé à une bestialité sanguinaire dans le mythe du loup-garou, le loup n’en fini pas de terrifier les peuple, et les récits ne cessent de jouer en sa défaveur. En France, le mythe de La bête du Gévaudan en est un parfait exemple.
La Bête du Gévaudan, un surnom qui recèle aujourd’hui encore bien des mystères… cette histoire célèbre d’une créature insaisissable qui a semé mort et terreur en Gévaudan durant le 18e siècle soulève bien des questions, et tout autant d’hypothèses qui feront l’objet de nombreux ouvrages et de quelques adaptations cinématographiques.
Un récit terrifiant porté à l’écran de manière plutôt réussie par Yves-André Hubert en 1967, sous le titre La Bête du Gévaudan. Un téléfilm qui marquait le début d’une série télévisée intitulée Le Tribunal de l’impossible, dont chaque épisode s’intéresse à un phénomène ayant trait au fantastique ou au paranormal. Malgré un manque certain de moyens et un rythme paresseux, le réalisateur parvient pourtant à effrayer le spectateur, laissant celui-ci se faire sa propre opinion quant à l’origine de la Bête. Sans trop en dévoiler, ce qui en fait finalement la transposition la plus fidèle de cette histoire, ce téléfilm propose tout de même des séquences qui ne manquent pas d’impact…
Il faudra ensuite attendre 2001 pour voir surgir dans les salles de cinéma Le Pacte des loups, réalisé par Christophe Gans. Gros succès populaire, et techniquement assez impressionnant, le film n’en finit pourtant pas de diviser. Trop tape à l’œil pour certains, très prometteur pour d’autres, Le Pacte des loups propose une adaptation assez libre du mythe dans une production qui privilégie la forme au fond, ce qui n’en fait pas pour autant un mauvais divertissement.
Dans les traces encore fraiches de ce succès commercial, Patrick Volson se lance dans la réalisation d’un téléfilm titré La Bête du Gévaudan. Auteur de nombreux documentaires et travaillant essentiellement pour la télévision, au travers de productions comme Le Temps de la désobéissance ou Ça commence à bien faire!, l’homme s’appuie sur un scénario de Brigitte Peskine pour nous livrer sa propre interprétation du mythe.
En effet, La Bête du Gévaudan est en partie bâtie sur des personnages ayant réellement existé et sur une des suppositions les plus probables quant à l’explication sur l’origine de la bête. Reste que, comme pour Le Pacte des loups, cette volonté de vouloir à tout prix mettre un « visage » sur la bête nuit un peu à l’intérêt des films et en réduit l’impact. Car ce qui fascine dans cette histoire outre l’étendu et la sauvagerie des massacres attribués à la Bête, est justement le fait qu’il n’existe à ce jour que des théories, qui laissent ainsi libre court à notre imagination.
Nous suivons donc l’enquête menée par un jeune médecin fraichement arrivé sur place. Celui-ci est rapidement amené à penser qu’un loup, même de belle taille, ne peut être à l’origine de certaines morts suspectes. Malgré les preuves qu’il a récoltées, personne ne prête attention à son raisonnement. Les rumeurs et les superstitions entretenues par quelques habitants sont maintenant trop ancrées dans les esprits pour que quiconque se soucie d’un avis extérieur.
Les personnages paraissent crédibles, tout comme les relations qui se tissent entre eux. Les paysans sont dépassés par les évènements, manipulés par quelques individus qui ne voient que leur intérêt particulier, n’hésitant pas pour cela à monter de toutes pièces une véritable chasse aux sorcières. L’église joue ici un rôle important. Pendant ce temps, loin de la boue ensanglantée de la Lozère, du côté de la noblesse et de la cour du Roi, tout le monde tente d’étouffer et de minimiser l’affaire, qui porte préjudice à l’image respectable du roi. Tous les coups sont permis, et l’on doit mettre un terme à cette affaire coûte que coûte, peu importe les conséquences ou la perte d’un peu de crédibilité.
Doté d’un budget pourtant limité, le téléfilm dépeint de belle manière cette époque historique dans une campagne rongée par la peur. Malgré le fait que pour des raisons d’économie le tournage se soit déroulé en République tchécoslovaque, les paysages, de même que les décors et les costumes, font illusion. Le casting est de très bonne tenue, et on retrouve dans La Bête du Gévaudan l’excellent Jean-François Stévenin, qui tenait également un rôle dans Le Pacte des loups, et son fils, Sagamore Stévenin qui écope du premier rôle aux côtés de Léa Bosco, Maxime Leroux (la fameuse voix de Baxter, le chien qui pense) ou Guillaume Gallienne.
Comme dans Le Pacte des loups, c’est un facteur humain qui est à l’origine des massacres perpétrés en Gévaudan, et l’hypothèse suivie par Patrick Volson nous mène vers une personne peu recommandable, que l’on peut finalement qualifier de violeur et tueur en série, qui profite de l’expansion du virus de la rage dans les environs et des quelques attaques de loups pour se livrer à ses méfaits. Attaques des loups (enfin de chiens-loups) qui sont d’ailleurs plutôt convaincantes et d’une rare efficacité. Bien mises en scène, elles dégagent une grande férocité. La sauvagerie des loups atteints de la rage laisse en effet des blessures impressionnantes.
Construit sur un background assez riche, qui profite de belle manière à l’ambiance de thriller historique choisie par le réalisateur Patrick Volson, La Bête du Gévaudan offre une alternative intéressante au film de Christophe Gans. L’un comme l’autre possède leurs qualités et leurs défauts, et même si la balance semble pencher en faveur de La Bête du Gévaudan pour les personnes plus intéressées par une approche plus proche des récits historiques, aucune de ceux deux productions ne rivalisent finalement avec celle d‘Yves-André Hubert réalisée en 1967. De même, et bien qu’il n’y soit pas question d’une créature monstrueuse, les spectateurs qui s’intéressent au mythe de la bête du Gévaudan ainsi qu’à la présence de loups dans les contrées françaises, devraient jeter un œil au fabuleux La Tuile à loups de Jacques Ertaud, véritable petit bijou d’ambiance.
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