Open Water (Open Water : en eau profonde) – 2003 – Chris Kentis
Depuis Les Dents de la mer, les requins n’ont de cesse d’envahir nos écrans pour le meilleur et (très) souvent pour le pire. Les ersatz du film de squale sont au nombre équivalent des décalcomanies du Alien de Ridley Scott, c’est à dire innombrables. Pour rester chez nos sélaciens préférés, très peu de films, voir aucun, n’ont pu arriver à la cheville du trouillomètre de Jaws. Si certains réalisateurs évitaient le plagiat pour nous livrer un produit bien fun (Peur Bleue) ou une relecture soignée et distrayante (12 jours de terreur), la plupart nous ont balancé d’infréquentables pellicules clichés et insupportables au possible (la plupart des titres sont sur ce site à la page « Requins »).
Maintenant, intéressons-nous à Open Water, remake non-avoué du Blair Witch Project au milieu de l’océan où de sales bestioles aquatique remplace la sorcière invisible. L’histoire, on la connaît tous. En temps que huis-clos en pleine mer, Open… tire son épingle du jeu de part ses deux acteurs principaux. Et oui, Blanchard Ryan et Daniel Travis parviennent sans problème à nous immerger dans la peau de leurs personnages, à partager l’angoisse qu’ils ressentent et ainsi rendre leur calvaire palpable.
Oui, Open Water est un bon film, et en plus il fout la trouille par moments. J’ai lu pas mal de témoignages et d’histoires plus ou moins similaires à celle du couple, et je peux vous dire que « Réalisme » était le but principal de l’équipe de tournage. Excepté quelques incohérences par-ci par-là (voir plus bas), le pari est réussi.
C’est Chronic’arts.com qui résume le mieux cette petite perle innovante qu’est Open Water : « Ultra réaliste, sans le moindre recours aux artifices de l’horreur contemporaine. » Dans le mille mes chères amis. Dans Open Water, les clichés n’existent pas, à l’inverse de la terreur palpable. Anecdote : Observez les noms e famille des deux personnages : Susan Watkins et Daniel Kintner. Chrissie Watkins et Alex Kintner, les deux premières victimes des Dents de la mer. C’est ce qu’on appelle un clin d’œil subtil.
Comme dans toutes les critiques du site, un paragraphe est réservé aux bêtes du métrage. Cela dit, Open Water n’est pas à proprement parlé un film de requins, même si ces derniers sont bien présents. L’essentiel du récit est concentré sur l’infortuné couple de vacanciers, nous dévoilant leurs accès de panique, leurs règlements de compte (« C’est de ta faute si on est là… et ainsi de suite »), leur incapacité à se manifester lorsqu’un bateau est en vue à l’horizon, la terreur qui s’empare d’eux lorsqu’un aileron fend la surface… Ici, on est loin de Nu Image avec ses grands blancs surdimensionnés qui attaquent tout ce qui bouge. Les squales d’Open… sont pour la plupart des requins de récifs dont la taille ne dépasse pas les deux mètres cinquante.
Et au-delà du cliché du monstre assoiffé de sang, un requin ne pense pas à se jeter sur tous les humains qu’ils croisent. Mais deux plaisanciers abandonnés en haute mer, ça intéresse nos sales bestioles. Méfiants comme pas deux, les squales tournent et retournent autour de leurs proies avec patience et prudence (un requin est beaucoup plus trouillard qu’on ne le croit) jusqu’à l’inévitable morsure…
Défauts du film : Il n’y a pas grand-chose de négatif à attribuer à Open Water. Certains l’ont qualifié d’ennuyeux. Open Water a son propre rythme, il prend bien son temps pour instaurer le suspense, quitte à foutre les contraintes du genre à la poubelle, et cela peut déstabiliser les aficionados habitués au rythme accéléré et sans saveur des séries Nu Image et autres divertissements du genre, et ainsi passer à côté d’une petite bombe crue et réaliste (C’est à vous que je m’adresse, mes chers Nachthymnen et Steely shark). Plus haut, j’ai noté quelques incohérences, mais il s’agit d’un léger spoiler : Lors d’une attaque, Daniel est mordu à la jambe. Chose complètement surréaliste : lui et sa femme parviennent à tenir toute une nuit, entourés de requins, et survivre jusqu’au matin sans subir de nouvelles morsures alors que le pauvre homme se vide de son sang. Les squales sont réputés pour devenir frénétiques lorsque l’eau devient rouge, et ça ce n’est pas une exagération.
Disons simplement que le film est un peu trop long pour un tel sujet. 50 bonnes minutes auraient été suffisantes, de quoi en faire un épisode de la série Masters of horror. Je termine ma chronique sur une répartie de Blanchard Ryan :
« Je ne sais pas ce qui est pire : de les voir ou de ne pas les voir. »
Réalisme, quand tu nous tiens, tu nous prends aux tripes…
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