Revenge of Billy the Kid (La Famille cradingue) – 1991 – Jim Groom
Tourné au Royaume-Uni au début des années 90 dans des conditions financières difficiles, Revenge of Billy the Kid est l’une des rares réalisations de Jim Groom, qui sera à l’origine dix ans plus tard de Room 36, et qui travaille actuellement sur Zombie God Squad et son gang de bikers… Revenge of Billy the Kid, distribué en France sous les titres Crados Family ou la revanche de Billy MacDonald et La Famille cradingue, est une petite série B indépendante aussi dégueulasse et crétine que divertissante ! Une réussite des plus plaisantes donc, surtout quand on sait que le tournage s’est étalé sur plus de trois ans. Un projet délicat à mener à bout démarré avec des capitaux obtenus après la vente d’un bien immobilier, qui allait connaitre une longue pause suite à l’épuisement du budget. Extrêmement motivés, les producteurs se rendent alors à Cannes dans l’espoir d’obtenir le financement manquant, sans résultat. Ils persévèrent et publient de nombreuses annonces dans des magazines, jusqu’à ce qu’un généreux donateur permette l’accomplissement du film. Mais les problèmes ne sont pourtant pas terminés ! L’acteur principal n’étant plus disponible, il a donc fallu tourner à nouveau de nombreuses scènes déjà mises en boite. De plus, initialement prévu pour une sortie en salles, Crados Family allait devoir se contenter d’une sortie en vidéo, dans une version écourtée d’environ 15 minutes.

Le film démarre dans un mélange de boue et de bouse qui recouvre l’île peu accueillante sur laquelle est établi un fermier dégueulasse (joué par l’excellent Michael Balfour), qui jure et crache à tout va. Nous faisons ensuite la connaissance du reste de la famille MacDonald, une femme énorme et répugnante (qui s’appelle Ronald MacDonald !), et leurs enfants, tous plus crades et cons les uns que les autres. Seule leur fille semble échapper en partie à la consanguinité qui frappe les MacDonald depuis des générations. Des gens bêtes et méchants, qui n’hésitent pas à se jeter sur l’assiette du grand-père alors que celui-ci vient juste de rendre l’âme durant un repas bruyant et malodorant. Alors qu’ils se débarrassent du corps, tout simplement en le jetant dans le tas de fumier qui trône au milieu de la cour, ils pensent simplement à leur assiette qui est en train de refroidir !
Si l’accroche de la jaquette annonce un film dans la lignée de La Famille Adams, c’est pourtant plutôt vers les protagonistes de titres comme Massacre à la tronçonneuse 2, Street Trash, Sonny Boy ou même Germinal qu’il va falloir chercher les comparaisons. La première moitié du film s’attarde donc sur tous ces bouseux, qui ronflent comme des éléphants, qui pètent à longueur de journée, et dont la crasse traverse presque l’écran de la télévision pour venir nous chatouiller les narines. L’irréparable va cependant venir du chef de famille, qui délaissé par sa femme va assouvir ses envies avec la chèvre de la ferme… De cette relation va naître une créature monstrueuse. Une erreur de la nature que l’homme va à tout prix vouloir réparer en lui réduisant le crâne en miettes. Sauvé in-extrémis par la fille qui va le surnommer Billy et s’occuper de lui comme d’un animal de compagnie, la créature va grandir et développer une attirance certaine pour la chair humaine. Le fermier n’a pas dit son dernier mot et massacre son fils illégitime, le laissant pour mort. Mais Billy va survivre, et durant sa croissance, il n’aura d’autre but que de préparer sa vengeance, qui prendra vie sous forme d’un horrible massacre.
Après cette première partie des plus réjouissantes, on quitte la vie familiale des MacDonald haute en odeurs pour un déroulement un peu plus classique, sans pour autant abandonner l’humour, qui est le véritable point fort de cette production. La Famille cradingue bascule alors vers le film de monstre, durant lequel Billy va se débarrasser une à une des personnes à l’origine de sa haine.Si la créature monstrueuse est présente assez tôt dans le récit, celle-ci apparait essentiellement en vue subjective dans un premier temps, une manière de ménager le suspens et d’économiser un peu sur les effets spéciaux. Entrevue lors de son adolescence, le monstre prendra véritablement forme une fois adulte, sous les traits d’un costume enfilé par un cascadeur. Un peu cheap, celui-ci n’est pourtant pas ridicule, et ressemble
étrangement à un loup-garou doté de deux terribles cornes. S’ils n’ont rien d’exceptionnel, les effets spéciaux sont assez réussis, et à ce titre Crados Family s’en sort mieux que bon nombre de petites productions plus friquées. Et s’ils s’avèrent assez minimalistes lors des mises à mort, la dernière partie du film réserve tout de même quelques trucages gores bienvenus.
Sale morveux, tu n’es qu’une suppuration de merde mutante, Aller mon pépère, ça te plairait de lui bouffer les couilles à ce salaud, voila quelques-unes des répliques poétiques qui s’accordent parfaitement avec l’ensemble du film, et si le doublage français est techniquement assez perfectible, cela est vite oublié au profit des situations et des échanges engendrés par les dialogues crus et méchants.
Production indépendante au budget réduit, La Famille cradingue oscille entre deux mondes, celui de la série B et de la série Z, sans jamais paraitre ridicule ou techniquement dépassée. Quelques clins d’oeils à des titres comme Evil Dead ou Elephant Man parsèment un récit grossier et dégueulasse à l’humour omniprésent, qui permet d’ailleurs de ne pas trop s’ennuyer durant le final un peu longuet. Aussi déjanté que crade et bizarre, Crados Family mérite en tout cas bien plus qu’un simple intérêt, et mérite parfaitement sa place sur vos étagères aux côtés de Bad Taste, Street Trash et autres titres du même acabit.
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