Terror of Prehistoric Bloody Creatures from Space – 1998 – Richard J. Thomson
Si le monde du cinéma regorge de passionnés en tout genre, qui pour une partie d’entre eux n’hésitent pas à s’aventurer au-delà de la simple « consommation passive », rares sont ceux qui osent pourtant franchir le pas du cercle familial et des amis proches. Amateurs ou non et quelques soient les moyens dont ils bénéficient, certaines personnes désirent tout de même faire partager leurs œuvres de manière plus ou moins officielle. Si aujourd’hui Internet facilite grandement la diffusion de ces films ou courts-métrages, il fallait être autrement plus motivé il y a de cela ne serait-ce que quelques années pour diffuser ces films au plus grand nombre. Les magazines, fanzines et autres listes de diffusions ont en tout cas permis de mettre en avant certains réalisateurs œuvrant dans les abîmes de la production cinématographique.
Tréfonds dont est issu Richard J. Thomson, réalisateur underground français qui œuvre depuis de nombreuses années dans la série Z. L’homme est à l’origine de titres aussi généreux que Night of Vampyrmania, Attack of Serial Killers from Outer Space, Roboflash Warrior, ou encore celui qui nous intéresse plus particulièrement ici Terror of Prehistoric Bloody Creatures from Space.
Les séries Z s’avèrent souvent plus alléchantes qu’elles ne le sont réellement, puisqu’au final, rares sont celles qui peuvent se permettre d’offrir tout ce qui était envisagé au départ, la faute en grande partie aux budgets dérisoires dont héritent ces productions. Un manque de moyens qui se ressent fortement à l’écran, et Terror of Prehistoric Bloody Creatures from Space ne déroge pas à la règle. Cette réponse française aux célèbres Jurassic Park et Le Monde perdu de Steven Spielberg ne lésine pourtant pas sur l’histoire, qui promet dinosaures, mutants homme-reptile, extra-terrestres et effusions sanglantes ! S’ajoutent à cela des dialogues et situations qui tendent parfois vers l’absurde, des monstres en carton, des paires de nichons en pagaille et une galerie de personnages tous plus tarés les uns que les autres (dont un certain professeur Jules Rassic, un jeune savant fou, un fermier bien bouseux, un chef scout débilos et catholique extrémiste, ou encore un clown meurtrier et cinglé, version clocharde du Krusty le clown des Simpson), le tout réalisé avec les moyens du bord et un budget anémique. Voilà à quoi vous attendre avec Terror of Prehistoric Bloody Creatures from Space !
Terror of Prehistoric Bloody Creatures from Space n’est pas la première production française qui s’intéresse aux dinosaures, puisqu’avec Dinosaur from the Deep, Norbert Moutier proposait déjà dès 1993, soit l’année de la sortie en salles de Jurassic Park, une série Z dédiée aux sauriens tueurs. La comparaison s’arrête pourtant là, puisque Terror of Prehistoric Bloody Creatures from Space s’avère être un film certes moins ambitieux, mais également moins ennuyeux et un peu mieux maîtrisé.
Bien évidemment, les acteurs surjouent pas mal, les accents caricaturaux sont horriblement forcés, et on a rapidement l’impression de regarder un vieux porno des familles. Milieu du porno dont sont d’ailleurs issues quelques une des actrices de ToPBCfS (je commence à fatiguer !), puisque l’on retrouve ici Coralie et Élodie Chérie, qui partagent l’affiche avec le chanteur gentiment ringard Edouardo Pisani (qui offre d’ailleurs au film une chanson de générique inédite Dino’s theme). À côté de ça, ToPBCfS propose un récit plutôt bien construit malgré quelques longueurs. La mise en scène est assez efficace, et les dialogues ont bénéficié d’un gros travail, bien que l’humour ne fasse pas toujours mouche ou soit par moment un peu lourd.
Si l’ombre de Jurassic Park plane inévitablement sur le film de Richard J. Thomson, qui n’hésite d’ailleurs pas à multiplier les clins d’œil envers son modèle, l’homme connait ses classiques, et les références à tout un pan du cinéma fantastique sont nombreuses et souvent détournées de manière sympathique. L’humour et le second degré sont omniprésents dans ToPBCfS, et le réalisateur se joue de nombreux clichés propres aux films de monstres (spécialement ceux des années 50) et d’animaux tueurs (un petit détour par les 70′s !). Les bestioles tueuses sont à l’image du reste, assez ringardes puisque créées à partir de ce qui semble être du carton mâché, ou pour les plus petites d’entre-elles des gants de cuisine customisés et affublés de dents. Ces dernières sont à l’origine de quelques morts délicieusement kitsch, dans des séquences qui ne sont pas sans rappeler celles de Weasels Rip My Flesh d’un certain Nathan Schiff. Difficile de cerner par contre à quoi ressemblent vraiment les créatures préhistoriques de ToPBCfS, finalement plus proches d’un crocodile que d’une quelconque espèce de dinosaures qui peuplent nos livres d’histoire. Des monstres non identifiés vraiment pas identifiables ! Quant aux mutants mi-homme mi-reptile, ils rappellent bien plus les zombies loupés du film Le Lac des morts-vivants qu’autre chose !
Avec son final délirant, à l’image du reste du film, Richard J. Thomson livre avec Terror of Prehistoric Bloody Creatures from Space un divertissement aussi fauché qu’amusant, qui devrait en tout cas ravir les amateurs de séries Z en tout genre. Un film qui trouvera parfaitement sa place sur vos étagères entre Dinosaur from the Deep, Weasels Rip My Flesh et Z Movie ! À noter que Terror of Prehistoric Bloody Creatures from Space devrait bénéficier d’une sortie en DVD sous le titre Jurassic Trash comme nous l’apprend le réalisateur dans une interview donnée pour le hors-série de Cinétrange consacré au cinéma fantastique francophone (que l’on peut se procurer chez Sin’Art).
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