The Thing – 1982 – John Carpenter
Alors que pour des raisons techniques et budgétaires, Alien – Le huitième passager (1979) de Ridley Scott privilégiait la suggestion et la dissimulation de sa créature, John Carpenter a choisi pour une approche radicalement différente en ce qui concerne la forme de vie extraterrestre présente dans The Thing. Ici, le monstre est l’élément moteur de la terreur que suscite le récit. Le réalisateur n’omet pourtant pas de jouer sur l’ambiance étouffante et le malaise dégagés par l’isolement d’un camp retranché au fin fond de l’antarctique, en proie aux éléments déchaînés. En effet, le huit clos et les relations conflictuelles et suspicieuses qui se tissent entre les divers protagonistes demeurent très efficaces, mais les séquences horrifiques se basent essentiellement sur la profusion d’effets spéciaux effrayants, concoctés en partie par le jeune Rob Bottin, qui avait auparavant travaillé avec Carpenter durant le tournage de The Fog, et sur des œuvres comme Maniac, de William Lustig, ou encore sur deux oeuvres de Joe Dante, Piranha et Hurlements.
Son parasite interstellaire protéiforme n’est pas sans rappeler certaines des abominations imaginées par l’écrivain H.P. Lovecraft. Celui-ci est capable de prendre l’apparence de ses victimes, ce qui le rend invisible aux yeux de tous et engendre ainsi un climat paranoïaque à la manière des envahisseurs de L’Invasion des profanateurs de sépultures.
Mais c’est véritablement sous sa forme primaire que l’alien prend son aspect le plus terrifiant. Une masse de chair informe, habile à copier tout ou partie de la morphologie d’espèces ayant été assimilées. Il en résulte des mélanges cauchemardesques et indescriptibles, qui mêlent, à grands renforts d’effets sanguinolents et de bruitages de sucions et de craquements, formes animales ou humanoïdes, tentacules, pattes d’insectes, et autres éléments donnant vie à de véritables atrocités ambulantes. Ce sont les écrits de John Campbell (écrivain de science fiction, puis rédacteur en chef du célèbre magazine Astounding), et plus particulièrement Who Goes There? (1938, publié en France sous le titre La Bête d’un autre monde, disponible dans le recueil Le Ciel est mort) qui ont servi de base à l’écriture du scénario de The Thing. La nouvelle du romancier avait déjà fait l’objet d’une adaptation cinématographique durant les années 50, réalisée par Howard Hawks sous le titre The Thing from Another World, sortie en salles chez nous sous le titre La Chose d’un autre monde. Une précédente transposition à laquelle John Carpenter rend d’ailleurs hommage au travers de l’écran de titre de son film et quelques autres petites bricoles, mais dont il s’éloigne tout de même amplement, afin de coller au mieux au texte de Campbell.
Pour The Thing, le réalisateur retrouve un de ses acteurs fétiches, Kurt Russell, qui se voit attribuer le rôle principal. La collaboration entre Carpenter et Russel sera à l’origine des films New York 1997, Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin et Los Angeles 2013. Habituellement compositeur de ses propres scores, Carpenter délaisse pour la première fois de sa carrière ce poste à une tierce personne, qui n’est autre que l’illustre Ennio Morricone. Malgré une sortie cinéma qui se fit dans l’ombre de celle de E.T. l’extraterrestre de Steven Spielberg, The Thing sut rapidement trouver son public au fil des ans, avant d’atteindre à juste titre le statut de film « culte » dont il bénéficie aujourd’hui. Au même titre qu’Alien avant lui et que le film Predator, de John McTiernan, à venir, The Thing eut une influence non négligeable sur bon nombre de productions de l’époque et bien au-delà. John Carpenter livre avec son film une œuvre maîtrisée de bout en bout, dont les effets spéciaux mémorables n’occultent en rien un scénario efficace, aux tonalités pessimistes et jouant sur une paranoïa omniprésente. Il règne en effet tout au long de The Thing une certaine ambiance de fin du monde.
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