The Fly (La Mouche) – 1986 – David Cronenberg

19/01/2010 nachthymnen Commenter Allez aux commentaires
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La Mouche

The Fly
Aka : La Mouche
Genre : Brundle-mouche

USA, 1986, 95 min
De David Cronenberg
Avec Jeff Goldblum, Geena Davis, John Getz, Joy Boushel, Leslie Carlson, etc.


Seth Brundle, un scientifique ambitieux va lors d’une expérience de téléportation, fusionner accidentellement avec une mouche. Amoureuse de lui, une journaliste, Veronica Quaife, réalise que l’homme qu’elle aime, devient une créature horrible dans laquelle l’insecte prend le dessus sur l’homme.

thefly03Superbe remake du vieillissant La Mouche noire de 1958, petite série B de science fiction qui mettait en scène Vincent Price, David Cronenberg nous livre avec La Mouche un film qui frôle la perfection. Basé sur une nouvelle de George Langelaan, parue pour la première fois dans le Playboy de juin 1957, le script de Charles Edward Pogue propose une approche complètement différente de celle du film de Kurt Neumann, scénario qui sera d’ailleurs à peine modifié par le réalisateur, David Cronenberg n’ayant réécrit que les personnages et quelques dialogues, avant de s’approprier pleinement un projet qui convient parfaitement à ses obsessions personnelles. Sublimant les thèmes plus que suggérés dans l’œuvre originale tout en y insufflant ses visions de la maladie, de la dégénérescence du corps humain mais aussi de l’esprit, rongé par une mutation viscérale, Cronenberg fait de cette « simple » histoire de mutation, un film à la fois poignant, écœurant et troublant.

En effet, si l’approche plutôt légère du film de Kurt Neumann quand à cette transformation et l’impact qu’elle a sur la personne atteinte et son entourage parvient tout de même à faire illusion lors de quelques scènes inoubliables, Cronenberg ne recule devant rien pour nous plonger dans l’horreur absolue, nous livrant ici ses réflexions poussées sur cette évolution à la fois physique et psychique qui touche Seth Brundle. Là ou dans l’œuvre de 1958 le réalisateur se contentait juste, suite à l’incident ayant eu lieu dans le laboratoire, d’intervertir la tête et un bras entre l’insecte et l’homme, nous assistons ici à une mutation totale de l’être. Les préoccupations de l’époque quand aux avancées de la recherche en génétique permettent une approche ancrée dans la réalité, et donc d’autant plus effrayante. Des animaux monstrueux voient alors le jour au nom de la science. Jusqu’où sont capables d’expérimenter les chercheurs, et qui sait ce qu’il pourrait résulter de tout cela ?
La mutation de Seth intervient beaucoup moins brutalement que celle de son homologue des années 50. Le narcissisme de Seth le pousse dans un premier temps à envisager l’amélioration de la condition humaine, désirant faire partager à Veronica son bien être. thefly06Sa forme physique est devenue exceptionnelle, il rayonne et jubile tel un super-héros se découvrant des talents jusque là insoupçonnés. Il développe cependant, sans s’en rendre compte, un appétit féroce pour les aliments sucrés et les relations sexuelles, amenant ainsi sa seule confidente à se poser des questions quand à ces changements soudains. De nouveau plongé dans la solitude, l’homme se découvre petit à petit des altérations physiques. Son corps se désintègre très progressivement, laissant place à un homme qui n’est plus que l’ombre de lui-même, refusant tout d’abord de renouer contact avec Veronica, avant de changer d’avis. Sa conscience professionnelle et sa vanité le poussent à reprendre le dessus, voulant ainsi montrer au monde l’être unique qu’il est devenu. A mesure de l’avancée de la transformation, toute un échantillon de réactions et de sentiments vont finir par le fragiliser psychologiquement, son esprit étant finalement lié à l’image monstrueuse que Seth voit de lui-même. Il finira d’ailleurs par dire de lui-même « je suis un insecte qui rêve qu’il a été un homme, et qui a aimé ça. Mais le rêve est fini et l’insecte s’est réveillé. »

Ayant alors perdu toute son identité propre, son dégoût de lui-même va ainsi permettre aux instincts de l’insecte de prendre le pas sur l’humanité qui restait en lui, bien qu’une trace de conscience humaine demeure en lui, et ce, même jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’un assemblage contre nature de chair et de métal.. Le processus d’identification au personnage principal ne trouvera sa voie qu’a travers les regards extérieurs, surtout celui de Veronica, confidente, puis petite amie de Seth, qui, malgré les sentiments qui les lient, va assister impuissante à la déchéance mental et la décrépitude physique de son ami. Enceinte, cette dernière à également peur d’engendrer un monstre, un bébé qui ne serait pas normal, mais que Seth aimerait bien qu’elle garde, ne serait-ce que pour que survive sur Terre une dernière trace de son humanité.
Un peu à la manière d’Elephant Man, ce sont donc ces regards lourds de sens, chargés d’incompréhension envers ce qui est différent, qui vont provoquer cet écœurement mâtiné de pitié. David Cronenberg donne vie à un récit qui touche à une des peurs les plus profondes de l’homme, à savoir son intégrité physique et morale.

thefly08Outre un scénario solide et une réalisation efficace, La Mouche est également portée par l’excellente prestation des acteurs. Jeff Goldblum (Jurassic Park, Invasion of the Body Snatchers…) en tête, qui tient ici un des meilleurs rôles de sa carrière, mais également par la belle Geena Davis (Beetle Juice, Thelma & Louise…), à l’époque compagne dans la vie de Jeff, dont le rôle est indispensable en ce qui concerne le déroulement et la compréhension de l’effroyable drame sentimental qui va se jouer entre eux. Les autres rôles demeurent un peu en retrait, excepté celui tenu par John Getz (La Mouche 2, Les Experts, aperçu également dans Killer Bees) qui aura tout de même son importance, mais tout le casting tient agréablement la route.
Les scènes chocs doivent leur réussite aux effets spéciaux spectaculaires, notamment ceux réalisés par Chris Walas (La Mouche 2, Gremlins, Arachnophobie, M.A.L. : Mutant aquatique en liberté…) et Stephan Dupuis (Spasms, eXistenZ, Crash…), d’ailleurs récompensés en 1987 par l’Oscar des meilleurs maquillages. La transformation graduelle de Seth est en effet terrifiante, débutant par symptômes tout juste inquiétants, devenant par la suite plus écœurants à mesure que la mutation s’opère, jusqu’à la superbe transformation finale dans laquelle on assiste à la naissance de l’une des plus belles créature du cinéma fantastique.

La Mouche n’a aujourd’hui rien perdu de son efficacité, les thèmes classiques traités par le réalisateur demeurant toujours d’actualité, qu’il s’agisse de l’histoire d’amour impossible devant beaucoup à La Belle et la Bête, des dérives engendrées par le progrès scientifique, qui rappelle les textes sur le mythe de Frankenstein et les agissements d’un savant fou qui s’octroi la place du créateur, avant que sa créature n’échappe à tout contrôle ou encore celui de L’Apprenti sorcier de Goethe, et de son jeune novice qui tente de s’accaparer une des formules de son maître, à ses risques et périls ! La touche de David Cronenberg se ressent surtout dans la manière de représenter la peur des effets malencontreux d’une expérience génétique ratée, ayant pour conséquences d’engendrer une effroyable altération physique et morale de l’homme. Le film demeure un régal à chaque nouvelle vision, et il est par contre dommage que sa suite, La Mouche 2, si elle reste sympathique, ne possède pas cette ambiance dérangeante et pessimiste, se contentant juste d’être une production visant à mettre en avant de très bons effets spéciaux.

The Fly (La Mouche) - 1986 - David Cronenberg 10.0101
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