Uninvited (Le Clandestin) – 1988 – Greydon Clark
Si certains réalisateurs ont prouvés, qu’avec un minimum de talent, il était tout à fait possible de produire un film avec trois bouts de ficelles et un budget des plus étriqués, d’autres s’obstinent dans la médiocrité, regrettant sans doute amèrement aujourd’hui de ne pas avoir écouté leur conseiller d’orientation au collège, et se laçant ainsi dans une carrière qui n’intéressera dès lors que les amateurs de mauvais cinéma. Greydon Clark est assurément de ceux-là… Et c’est au travers d’une histoire de chat mutant échappé d’un laboratoire top-secret que Le Clandestin se présente à nous… Un film mal fichu et risible du début à la fin, dont tout le budget est sans doute passé dans la location du yacht qui allait servir au tournage. Les 200$ restant ne permettant gères de fantaisies, il a donc suffit d’embaucher quelques personnes à la supérette de coin, qui s’empresseront d’aller ajouter une ligne « acteur » sur leurs C.V., d’acheter deux bouteilles de sirop aux fruits rouges et de quoi confectionner un monstre ringard, ce dont s’occupera Monique, hier caissière, aujourd’hui technicienne en charge des effets spéciaux…
Il suffit ensuite de réunir tout ce petit monde autour de quelques bouteilles qui finiront consommées sans modération, et de noter les idées qui fusent, afin bien entendu d’y dénicher l’idée d’un script sensationnel.
Les 5 premières minutes du film sont absolument incroyables de ringardise, nous sommes plongés au cœur d’un laboratoire secret, dans lequel deux scientifiques tripotent un chat, avant que se dernier se barre en courant sur ses quatre pattes, poussant des miaulements insupportables. La personne chargée d’ajouter les effets sonores en post-production à d’ailleurs dû s’endormir sur sa touche puisque les cris stridents de la bestiole couvriront toute son escapade. Piégé dans le parking, le chat aura quand même le temps de tuer 5-6 personnes, hors champ afin de ne pas gaspiller dès le premier jour l’investissement que représente les 2 bouteilles de sirop, avant de définitivement se faire la malle. A ce moment là, le spectateur médusé se dit qu’il risque de passer les prochaines 85 minutes qui reste du film à bien se marrer. Oui et non. Si l’on rigole par moment devant l’édifiante absurdité de cette production, de nombreux passages viendront tout de même atténuer l’entrain du début. Et il est tout de même difficile de ne pas regretter les quelques euros dépensés pour cet achat si ce dernier n’était pas intentionnel.
Dans Le Clandestin, le pire côtoie donc le pire. Par exemple les deux filles vont passer la moitié du film en maillot de bain ou à se déssaper à la moindre occasion, sans même que l’on soit gratifié du moindre « plan nichon », pourtant habituel quand il n’y a rien d’autre à se mettre sous la dent.
On ressort ses vielles blouses de chimie, du papier aluminium et des lunettes de natation pour habiller quelques personnes qui seront alors des scientifiques d’une crédibilité à toute épreuve. Monique, qui décidément excelle dans son nouveau poste de spécialiste des effets spéciaux, va alors nous concocter en secret un monstre à faire pâlir les marionnettes du Muppet Show, à base d’une grosse chaussette recouverte de poils et d’une mâchoire à dents pointues, croisement improbable entre un chat, une chauve souris, qui possède la même grâce dans ses mouvements que l’immonde bestiole de Reptilicus. Avant de partir sur le lieux de tournage on oublie surtout pas d’embarquer Bibi le chat de la voisine de Monique, élément essentiel du scénario, sans lequel rien n’aurait été possible sur ce tournage.
Entre alors en jeu notre fine équipe, 3 escrocs bien vils qui s’enrichissent avec des magouilles boursières, 2 nunuches chaudes comme la braise et 3 de leurs amis, un beau gosse avide de richesse, un sportif crétin et l’intello à lunette de la bande, rencontrés à peine 10 min auparavant sur la terrasse d’un bar. Les présentations torchées, tout ce beau monde embarque sur le bateau, sans oublier le chat bien entendu, pour une croisière qui ne va pas s’avérer aussi amusante et paisible que prévue…
La suite du film demeure plutôt mollassonne, on attend patiemment les quelques scènes de massacre tout en supportant les dialogues crétins et les situations débiles, tout en sachant par avance qui survivra ou non à la fin. Un tâche à la porté de tous puisque seulement deux personnages, un biologiste et la capitaine du navire, semblent un peu plus futés que les autres, qui ne pensent qu’a devenir riches, baiser et picoler.
Quelques plans sanglants viendront un peu nous sortir de notre léthargie, au travers d’effets spéciaux acceptables, qui en deviennent même étonnants au milieu de ce joyeux foutoir. Les grands moments de fou rire coïncideront avec l’apparition du monstre, qui ne ressemble vraiment à rien de connu sur Terre et qui semble aussi rigide qu’un peuplier. Ce dernier sort par la gueule du chat, pauvre hôte passif de la bestiole, et bien que cette dernière fasse quatre fois la taille de l’animal dans lequel elle se dissimule, elle parvient à ne pas le tuer, puisqu’une fois son méfait accompli, ni vue ni connue, elle regagne ensuite le corps du matou. Nous avons donc à faire à une espèce de parasite, qui en plus de tuer les personnes présentes sur le bateau, va contaminer leur nourriture et détruire le moteur du yacht. Tout ça histoire d’ajouter une tension supplémentaire au récit que le réalisateur jugeait un peu trop léger. Les survivants se verront alors contraints de rationner eau et nourriture, ils vont subsister en mangeant des corn flakes et picolant du champagne, pendant que leurs relations ne vont cesser de se dégrader.
Naviguant sans cesse entre le nanar et le navet, Le Clandestin réserve pourtant quelques séquences suffisamment idiotes et amusantes qui lui permettront de trouver un certain public, à condition d’être tout de même assez tolérant. Les autres se fieront à cette phrase tirée de l’un des dialogues du film : « écoute connasse, si tu n’avais pas apporté ce chat… » et de compléter par « ben ça n’aurait pas été plus mal pour notre santé mentale, car sans ce putain de chat Le Clandestin n’aurait sans doute jamais vu le jour… »
À découvrir également :








Commentaires