White Dog (Dressé pour tuer) – 1982 – Samuel Fuller
Dans une Amérique en proie au problème noir et à la ségrégation raciale, Romain Gary se met en scène dans son roman Chien blanc, dans lequel, au milieu de nombreux évènements ayant trait au racisme, il se retrouve en possession de Batka, un Berger allemand. Très rapidement, ce dernier va montrer des signes d’une agressivité uniquement orientée envers les personnes noires… Ce qui n’est que le point de départ du roman va finalement servir de base au film White Dog, distribué en France sous le titre Dressé pour tuer. Un film qui traîne depuis sa sortie une réputation assez sulfureuse. Interdit de sortie en salle aux États-Unis, taxé de production raciste avant même que la postproduction ne soit achevée, White Dog sera, dans sa version intégrale, seulement distriubué en Europe. Les États-Unis pourront tout de même voir le film sur certaines chaînes câblées, mais dans une version entièrement remontée et charcutée par les producteurs, ôtant ainsi tout intérêt au film. Le projet Dressé pour tuer est confié à Samuel Fuller (Shark : Le mangeur d’hommes, Au-delà de la gloire, Police spéciale, etc.) À noter que la Paramount avait dans un premier temps envisagé d’autres réalisateurs pour mener à bien ce projet, comme Arthur Penn ou Roman Polanski.
Si le livre de Romain Gary se présente un peu comme un instantané assez large d’une époque pas si lointaine, le film de Fuller se focalise uniquement sur l’animal et sa relation avec les hommes. Un choix dont découlent une certaine réserve et quelques traits un peu caricaturaux, heureusement bien vite oubliés en regard de ce que le réalisateur nous offre ici. Parmi les nombreux films mettant en scène des attaques de chiens, qui inondaient d’ailleurs les étals des vidéos-clubs durant les années 80, Dressé pour tuer est véritablement un film à part. Il n’est absolument pas question ici d’un chien génétiquement modifié, enragé, démoniaque ou encore de molosses entrainés par l’armée, mais bel et bien d’un animal agressif, qui ne doit son comportement qu’à une volonté et une intervention humaine. Le sujet abordé ici est évidemment plus « sensible » que ceux des titres précités, mais Samuel Fuller parvient de belle manière à nous impliquer dans cette histoire de chien dressé pour attaquer et tuer des personnes de couleur noire.
Lors de sa première partie, le récit nous montre les liens qui se tissent entre Julie Sawyer (Kristy McNichol, parfaite et très touchante dans son rôle) et le chien blessé qu’elle a décidé d’adopter. Une complicité accentuée après que l’animal mette sauvagement en déroute un agresseur bien décidé à violer sa nouvelle maîtresse.
Si Julie soupçonne que l’animal à été dressé à l’attaque, c’est avec horreur qu’elle découvre par la suite que la violence du chien n’est dirigée qu’envers les personnes noires. Elle refuse pourtant de l’abandonner, et va tout faire pour rééduquer l’animal. C’est pour cela qu’elle le confie à Keys (Paul Winfield), dresseur émérite, qui s’occupe également d’animaux sauvages autrement plus dangereux et de cas jugés comme sans espoir. Inconvénient, Keys est lui-même noir, ce qui ne va pas lui faciliter la tâche… La seconde partie de Dressé pour tuer s’attarde donc sur cette rééducation du chien, visant à faire disparaitre ses excès de férocité.
Si l’histoire peut paraître assez classique, Dressé pour tuer possède une vraie hargne qui transparait assurément lors de sa vision. La mise en scène de Samuel Fuller est rythmée, les séquences d’attaques impitoyables, et l’ensemble est soutenu par une superbe musique d’Ennio Morricone, qui propose une tonalité très dramatique tout en gardant un aspect assez incisif. Le chien impressionne vraiment par sa férocité. Alors que le roman décrit un Berger allemand standard, dans le film, le choix s’est porté sur un Berger blanc (Suisse ou Allemand, bonne question par contre !). Superbe animal à la robe blanche immaculée, qui parvient sans problème à nous effrayer lors de quelques séquences. Le choix d’un chien de couleur blanche ici est sans doute à mettre sur le compte de plusieurs éléments. Une manière symbolique d’accentuer le contraste entre la couleur de l’agresseur et celle de ses victimes, et également de mieux coller au titre du roman, choisit en référence aux « white dogs », surnom utilisé pour nommer les chiens ainsi dressés aux États-Unis…
La collaboration établie entre le réalisateur et le dresseur porte vraiment ses fruits à l’écran. Dresseur qui n’est autre que le spécialiste Karl Lewis Miller, qui à travaillé sur de nombreux films dont The Doberman Gang, Danger doberman!, Zoltan – Le chien sanglant de Dracula, la série télévisée Magnum, Cujo, Beethoven et bien d’autres. Certains passages sont très réussis, comme celui de la rééducation du chien, qui comporte son lot de scènes à la fois sauvages et fascinantes, ou les attaques dans la ville, peu nombreuses, mais efficaces et bien mises en valeur. La confrontation de Julie Sawyer avec la « vraie » famille du chien, qui ressemble sans doute à tout sauf ce que à quoi elle s’attendait, est également un des moments forts de Dressé pour tuer, tout comme le final vraiment surprenant… et terrifiant !
Des images marquantes qui font de Dressé pour tuer un excellent film, qui traite de belle manière et de façon originale un sujet assez sensible, mais qui a également de quoi satisfaire les amateurs de films d’agressions animales, bien que l’on s’éloigne clairement ici de l’horreur ou de la science-fiction généralement réservées à ce type de récits. À ranger sur vos étagères aux côtés de l’excellent Les Chiens d’Alain Jessua.
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Quelques mots sur le roman de Romain Gary sur lequel s’appuie le film de Fuller, qui finalement ne s’attarde qu’assez peu sur l’animal en lui-même ainsi que sur ses agissements. L’élément reste important, déclencheur en quelque sorte de tout ce qui va tourner autour du personnage principal, mais noyé dans une problématique bien plus vaste concernant le problème du racisme que Romain Gary expose tout au long de son récit. Fuller va en effet se focaliser sur l’animal, bien plus agressif que dans l’ouvrage.
A noter que Samuel Fuller à dédié son film à Romain Gary, et que les deux personnages sont un peu responsables de la naissance du livre de Gary, au travers de quelques expériences échangées verbalement à l’époque ou ils s’étaient connus, demeurant par la suite des amis assez proches. Si l’animal prend alors un rôle secondaire, il sera quand même présent tout au long de l’ouvrage, étant donné qu’un dresseur noir se charge de le rééduquer, élément qui est lui devenu le fil conducteur du film. Pas de véritables attaques à se mettre sous la dent dans le livre donc, l’amateur de romans d’agressions animales n’y trouvera sans doute pas son compte, mais le style de l’auteur parvient aisément à captiver le lecteur. Sa vision critique et cynique du sujet est assez amusante à lire, tout le monde en prend pour son grade, et les différents points de vues sont abordés de manière assez habile.Un livre à découvrir donc, qui permettra aux amateurs du film d’ancrer ce dernier dans une description réaliste de l’environnement social et politique de l’époque. Les deux oeuvres se complètent de belle manière au final, même si l’amateur pur et dur de croquages sanguinolents risque d’être un peu désemparé par le livre de Romain gary.